lundi 25 janvier 2021

Thelonious Monk : Criss Cross



Thelonious Monk est un génie, le genre de génie qui semble changer son art sans effort. Fasciné par le piano dès sa plus tendre enfance, le petit Thelonious est capable de reproduire un titre qu’il n’a entendu qu’une fois. Appelez ça l’oreille absolue, don de dieu, où intelligence supérieure, toujours est-il que cette âme absorbe les sons comme une éponge. La musique est une bulle qui le protège, un espace de sécurité l’empêchant de ressentir la tension du ghetto multi ethnique dans lequel il vit. Musicienne elle-même, sa mère lui paie ses premiers cours de musique, qu’il poursuivra en prenant quelques cours au conservatoire. A l’école, l’enfant Monk était particulièrement doué en math, et la musique est comme une autre arithmétique dans laquelle il excelle.

Comme tant de musiciens de son pays, Monk fait ses premières armes pour l’église, et accompagne au piano les prêches d’un prêtre évangéliste. Suite à cette expérience, il forme son premier quartet, mais ses projets sont mis en péril par une lettre de mobilisation. Comme tant d’autres noirs américains, Monk ne voit pas l’intérêt de risquer ses fesses pour un pays qui le méprise. D’ailleurs, ce ne sera pas trop dur pour lui de se faire réformer, il suffit que les examinateurs s’aperçoivent que son père est interné en hôpital psychiatrique. Ne souhaitant pas vérifier si la maladie du vieux est héréditaire, la grande muette a vite jugé Monk inapte pour « raison psychiatrique ».

C’est donc pendant que la guerre fait rage que le grand Thelonious prend ses quartiers au Milton. Véritable temple du jazz moderne, le club est le foyer où le bebop pousse ses premiers cris. Les plus grands moments de l’histoire du jazz ont sans doute eu lieu dans cette salle , alors que personne ne put immortaliser cette bénédiction. Dans ce club, Charlie Parker et Dizzie Gillepsie improvisaient jusqu’au petit matin, Bud Powell inventait des rythmiques folles, et Monk divisait son auditoire. Jusque-là, personne n’avait entendu un pianiste jouer ainsi.

Ses doigts, tendus comme des baguettes de clavecin, écrasaient les touches avec une force prodigieuse. Monk avait compris que le piano était autant un instrument à percussion qu’un instrument à vent. Alors il attaquait l’instrument violement, une de ses mains martelant le rythme pendant que l’autre brodait autour de ce swing ravageur. Ce qui irritait certains auditeurs, et fascinait les autres, c’était ces notes bizarres, qui produisaient d’inattendues cassures rythmiques. Les observateurs les plus limités parlaient de fausses notes, les autres comprenaient que ces dissonances surprenantes étaient autant d’accidents miraculeux. Qu’on se le dise, nombreux sont les autres géants du Milton s’étant inspiré de cette folie harmonique.

Monk était le roi , et New York était sa déesse lui susurrant ses mélodies étranges. Dans les vibrations de la grosse pomme, il voyait un nouveau swing, les cris rageurs des klaxons étaient pour lui des instruments lui montrant la voie à suivre. Perdu dans ses réflexions sonores , il semblait ne pas remarquer le monde autour de lui , et ce bouillonnement le mettait parfois dans un état catatonique. Son corps, aussi imposant soit-il, s’arrêtait parfois de bouger , comme si le bouillonnement de ce cerveau génial créait une surchauffe. Ces états seconds étaient autant dus à sa permanente transe créatrice, qu’à un succès qui ne venait pas. Les critiques n’avaient d’yeux que pour Gillepsie  et Parker , et Monk devait accepter le destin du jazzman misérable et incompris.

Ce destin-là, Pannonica de Koenigswater va un peu l’adoucir. Grande mécène du jazz et héritière des Rothschild, elle a déjà offert un refuge à de nombreux musiciens en perdition. Mais Monk lui parait être le plus brillant de tous, et elle fera tout pour que son talent soit reconnu. C’est elle qui lui offre un logement quand son appartement brûle, elle qui paie les cautions quand il est embarqué par les flics. Et, quand la flicaille finit par lui confisquer la carte lui permettant de se produire dans les cabarets , c’est encore elle qui le pousse à continuer de créer.

C’est sans doute aussi grâce à elle que le pianiste survécut jusqu’à 1957 , date historique où Coltrane rejoint son orchestre. La série de concerts avec celui qui s’apprête à quitter Miles Davis le fait enfin sortir de l’ombre , et le succès lui permet enfin de sortir de la misère. C’est là que Columbia le repère, et lui fait signer son plus gros contrat. Envoyé aux quatre coins du monde, Monk est enfin reçu avec l’admiration que l’on doit à un tel musicien. De cet âge d’or nait criss cross, disque le plus rythmiquement brillant du grand Monk. Chaque note de cet album déborde de swing, chaque cassure rythmique marque la réinvention d’une mélodie qui vient à peine de naître. Les notes sont courtes, sèches et rapides, elles forment des rythmes qui se gravent dans vos cerveaux. Criss Cross , c’est la joie la plus entrainante, l’énergie la plus irrésistible , un des disques de jazz les plus brillamment léger et mémorable.

C’est aussi le témoin d’une époque qui s’achève déjà. Après l’excellent Monk s Dream , Columbia commence déjà à abandonner son pianiste pour se concentrer sur le rock. Sentant que ses producteurs ne croient déjà plus en lui, Monk devient de plus en plus incontrôlable, et les journaux parlent plus de ses sautes d’humeur que de sa musique. D’ailleurs, ce géant compose de moins en moins, ses albums se contentant de plus en plus de réadapter le passé. Quand Columbia finit par le lâcher, il se réfugie chez Pannonica , où il ne parle presque plus et ne joue plus une note.

Quand il meurt, en 1982, son héritage est aussi monumental qu’impopulaire. Criss cross représente la seule époque où le monde a offert à ce génie du siècle le triomphe qu’il méritait.          

      

samedi 23 janvier 2021

John Coltrane: Giant Steps


John Coltrane est un des plus grands noms de l’histoire du jazz, sa discographie est une montagne que tout homme doit gravir si il veut comprendre le swing. Ce swing qui est la force sacrée léguée par les noirs américains, la lumière que doit maitriser toute musique digne d’intérêt. Comme l’affirme le titre de ce disque, Coltrane a toujours avancé vers ce graal à pas de géant. Il y’eut d’abord les premières années de sa vie, tranquilles et sans histoire. Le jeune John était un enfant studieux, le regard espiègle et vif.

Un drame va violement secouer cette âme paisible et avide de connaissance. Notre ami n’a que douze ans lorsque son père et son grand père meurent à quelques jours d’intervalle. Son salut, Coltrane le trouve à l’église, où le révérend Warren B Steele lui donne ses premières leçons de saxophone. On ne saluera jamais assez ces églises américaines, berceau du gospel, où de nombreux rockers et jazzmen firent leurs premières classes. Au côté du révérend, Coltrane absorbe les leçons comme une éponge, et sait déjà lire la musique en quelques jours.

Il faut dire qu’une autre découverte l’a encouragé dans sa quête, quand il a repéré une pile de disques de Jazz. Sa curiosité le pousse à écouter un de ces enregistrements, qui n’est autre qu’un album de Count Basie. Plus que la virtuosité harmonique du père du swing atomique, Trane est fasciné par le souffle gracieux du saxophoniste Lester Young. Surnommé président, Lester Young est le père de nombreux saxophonistes, celui qui en soufflant permit à tous les autres de souffler.

Et pour souffler, Coltrane souffle inlassablement. Quand, ne supportant plus les échos de son travail acharné, les voisins parviennent à le réduire au silence, John continue de travailler ses enchainements sans souffler. Au fil de ses entrainements, le jeune Coltrane s’éloigne de la sobriété gracieuse de Lester Young, pour se rapprocher de la virtuosité plus bavarde de Coleman Hawkins. John arrive ensuite à New York, ville où notre futur géant n’est qu’un nain au milieu de titans du bop. Perdu au milieu de ces surhommes , son jeu est juste assez développé pour que Charlie Parker accepte de le laisser jouer avec lui. Surnommé Bird , Parker annonce une nouvelle ère pour le jazz, ses gazouillements gracieux réduisent souvent ses accompagnateurs au silence et impose l’âge d’or du be bop. Déjà là depuis quelques mois, Miles Davis propose au petit nouveau de jammer avec son saxophoniste Sonny Rolllins. Après l’admiration vient le réveil, et celui-ci est brutal. Durant cette improvisation, Sonny Rollins lessive littéralement un Coltrane, qui n’est encore qu’un élève récitant bien ses leçons.

Mais, nous l’avons déjà dit , John avance à pas de géant, qui se retrouve chargé de remplacer Rollins dans le quintet de Miles Davis , quelques mois seulement après son humiliation. Miles supporte d’abord mal ce petit homme timide, qui ose lui demander ce qu’il doit jouer. La réponse de Davis est sans appel : « Si tu es musicien tu dois le savoir ». Si il ne montre pas encore le génie qui sera le sien par la suite, cooking, relaxing , steaming , workin marque la naissance d’une symbiose qui va changer le jazz. Quand Thélonious Monk est témoin du traitement que Miles réserve à Coltrane, il invite le jeune martyr à venir jouer avec lui.

Plus compréhensif, Monk prend le temps d’initier son nouveau saxophoniste pendant plusieurs jours. Chaque matin, le géant du piano lui montre une grille d’accords, et laisse Trane se débattre avec pendant plusieurs heures. Les premiers jours sont frustrant, lorsque le saxophoniste demande à son maitre ce qu’il pense de ce qu’il joue, celui-ci répond inlassablement «  ce n’est pas comme ça qu’on le joue. » Et puis, un beau jour, le visage du Goliath du Jazz s’illumine « ça y est tu l’as ! ». Suit une série de concerts historiques, où nait le génie de Coltrane. Il faut dire que le jeu de Monk est un catalyseur parfait, les blancs qu’il laisse entre les notes sont autant d’espaces où le saxophoniste peut s’épanouir.

Monk a fait naitre Trane , qui assomme Miles quand celui-ci l’embarque à son concert de Newport. Là, le monde entier découvre son phrasé fiévreux, ce flot de notes lumineuses et puissantes. Boosté par la beauté de la plus grande paire de saxophonistes de l’époque (Adderley , Coltrane) , Miles en profite pour lancer l’époque du jazz modal. Mais Trane a déjà la tête ailleurs, et Miles parvient à le retenir un peu en lui offrant un manager. Le deal est simple, le trompettiste offre à son prodige les moyens de s’émanciper, et en échange Trane s’engage à participer aux sessions de kind of blue. Sur ce dernier album du duo Davis/Trane , la symbiose entre la douceur cool du trompettiste et le torrent mystique de son saxophoniste atteint la perfection. Miles Davis aura besoin de plusieurs années pour faire le deuil de ce son lumineux, alors que celui qui restera un de ses musiciens préférés s’envole vers des horizons lointains.

Sorti en 1960 , Geant Steps est le véritable point de départ de la quête Coltranienne. C’est le premier album qu’il compose entièrement, celui où il se retrouve à  la tête d’un double Quartet bouillonnant. Mais surtout, c’est le disque où son jeu ressemble à un lance flamme carbonisant les normes du bop. Ses notes s’enchainent à une cadence effrénée, se bousculent dans de grandes guirlandes lumineuses. Pour encadrer ces courses infernales, Jimmy Cobb martèle ses fûts avec la classe binaire qui fit le sel des premières grandes œuvres de Miles.

Si le virtuose est un homme capable d’enchainer un maximum de notes en un minimum de temps, alors Geant Steps fait de Coltrane le plus grand virtuose de son temps. Sur le morceau titre, ses deux chorus déciment toute concurrence. Quand l’auditeur compte les points , ces deux solos fiévreux dépassent les 540 notes par minutes , alors que le grand Bird n’enchainait  pas plus de 450 notes par minutes. Serrées à ce point, ces notes se collent, s’unissent pour former une broderie somptueuse, le fameux tapis de son. Ce tissus sonore éclatant de beauté, Coltrane ne cessera de l’épaissir, de le redessiner.

Quand ce bouillonnement s’apaise progressivement, quand le blues de cousin mary permet de calmer ses débordements, la détente touche au sublime sur Naima. Femme l’ayant rapproché de dieu, même si il ne se soumettra à aucun dogme, Naima inspire un joyau dont la pureté annonce les futures merveilles de « a love suprem ». Entre temps, deux autres grands disques, my favorite thing et Coltrane sound , poursuivront cette danse à la limite du bop.

Giant step est un album que tout jazzfan doit connaître, le souffle d’un virtuose atteignant le sommet de son art en improvisant sur un bateau qui coule. Ce bateau, c’est le bop, et dès Giant Steps Coltrane semble planer au-dessus de sa carcasse fatiguée.           

lundi 18 janvier 2021

THE SONICS : Intoducing the sonics (1967)


J'ai lu que les Sonics n'aimaient pas trop cet album (leur troisième et dernier), notamment le son, pourtant il me semble représentatif de ce que pouvait produire le groupe, un bon aperçu et témoignage sur cette période (le milieu des années 60).
Bien sûr il faut reconnaître que leur premier « Here’s the sonics », sorti en 1965 est un poil meilleur, en tout cas c'est celui qui créera la légende. 

Les Sonics nous viennent de Seattle (tiens donc quelle coïncidence…), ville dont les groupes ont toujours aimé le son brut, et a signé entre 1965 et 1967 trois albums monumentaux après s’être fait connaître par une reprise de « Louie Louie » et un premier 45 tours « the witch » en 1964.
Formé aux débuts des années 60 le groupe a révolutionné le rock mais ne récoltera les fruits que beaucoup plus tard, après sa séparation, dans les années 80 et 90’s.
Les Sonics sont en effet parmi les pionniers du rock garage , parmi les fondateurs de ce style musical avec ce son si particulier : basique et primaire. Mais le garage 60's n'est pas tombé du ciel par la grâce de Dieu, il est une extension,  un prolongement logique du rock'n'roll des années 50, mais plus brut et plus violent.
 
Pour mieux apprécier il faut se remettre dans le contexte de l'époque (1965-1966) ; le rock « moderne » n'en est qu'à ses débuts et était plutôt pauvre au niveau de la diversité , les Beatles font de la pop assez gentille , les Who, les Kinks et les Stones connaissaient tout juste leurs premiers succès (sinon tout le reste était pop acidulé ou rockabilly / rock'n'roll 50's) .

Donc il faut bien avoir en tête que ce qu'ont fait les Sonics personne ou presque ne l'avait fait jusque-là ! On n'avait encore jamais entendu un son aussi basique et électrique à la fois, aussi sale, aussi sauvage.
Un son crade, le groupe reprend ouvertement le côté le plus « sale » du rock’n’roll des années 50, des hurlements légendaires (sur « the witch » et surtout sur le final de « psycho », un must), un son de guitare sale aussi bien pour les intros, la rythmique ou les solos (écoutez par exemple « Like no other man » pour vous faire votre propre idée). Idem pour la batterie, basique et survolté à la fois.
Les Sonics populariseront ce fameux son saturé et garage en trafiquant leurs amplis !
Cela ressemble un peu aux Animals (autre groupe incontournable des 60's) en plus violent, en plus brut et bien sûr en plus garage. Mais la voix de Gerry Roslie est assez proche de celle d’Eric Burdon et on sent l’influence des chanteurs noirs, ceux qui viennent du blues.

Sur ce troisième album les classiques du rock garage sont légions même si l'on sent encore l'influence évidente du rythm'n'blues et rock’n'roll « traditionnel » sur certains morceaux.
Pour moi les meilleurs titres sont « The witch », « Psycho », (ces deux titres sortis en single figurent déjà sur le premier album), « Dirty old man »* (avec son rire de maniaque diabolique en intro !) mais « High time » (et son superbe refrain), « Like no other man » et « I m going home » auraient tout à fait pu devenir des tubes rock des sixties. De même que « I m a rolling stone »,plus cool, dont le clavier n’est pas sans rappeler celui des Doors. Avec « Maintening my cool » on est plus dans un registre soul/ rythm’n’blues/blues rock. 

Quant à la ballade « Love lights » elle est ici presque comme une intruse, ne collant pas trop avec le reste !
La version CD éditée plus tard nous offre en bonus quelques reprises de rock’n’roll (comme de nombreux groupes le faisaient à l’époque) et davantage de saxo (bien utilisé toutefois) pas franchement indispensable mais « Leave my kitten alone » de Little Willie John vaut néanmoins qu’on y prête une oreille.

Et même si on peut aujourd’hui trouver ça un peu « daté » (mais tellement original et moderne pour l’époque) l’ensemble reste très bon et surtout il s’agit d’un moment important de l'histoire du rock, un groupe qui a compté et leur influence sur les Stooges, MC5, White Stripes, le punk, le grunge (Nirvana a souvent cité les Sonics comme inspiration majeure) et tous les groupes "garage rock" de façon générale est indéniable, notamment dans les années 80/90 où ce courant va connaître un nouvel essor et que The Sonics deviendront cultes, le mot n’est pas galvaudé, tant il est évident qu’ils sont les géniaux précurseurs de ce genre.

Car lorsqu'il faudra dépoussiérer les oeuvres majeures de ces années là celles des Sonics, déjà populaires malgré tout dans les années 60, seront largement remises sur le devant de la scène et considérés comme incontournables et le groupe aura alors la place qu'il mérite dans l'histoire du rock jusqu'à devenir "tendance" et entraîner une reformation autour de Roslie et des frères Parypa, dans les années 90 puis en 2008.
Certains considèrent d'ailleurs The Sonics comme le premier groupe proto-punk et en écoutant des titres comme The Witch ou Psycho on ne peut pas leur donner tout à fait tort

* Seulement sur la réédition en CD datant de 1991 de l’album sous le titre de « Maintening my cool »

Tangerine Dream : Exit et White Eagle


Après le fiasco de Tangram, Tangerine Dream est choisi pour produire la bande son de thief , le premier thriller de Michael Mann. Le réalisateur permet au groupe de participer aux séances de production. Tangerine dream visionne donc les premières scènes du long métrage, et sélectionne celles qu’il préfère. Le groupe peut ainsi se concentrer sur sa sélection, afin de composer une bande son plus cohérente. Mais le manque de temps l’oblige à piocher dans ses fonds de tiroir , qui n’étaient pas bien remplis depuis quelques mois.

La bande son de thief est donc la compilation de rebus des séances précédentes, auxquelles le groupe ajoute quelques compositions bâclées. Perdu dans le monde de Michael Mann, Tangerine dream ne parvient pas à retrouver la splendeur mystérieuse de ses grandes œuvres. Caricaturale à l’extrême, la musique qu’il produit ici est aussi ridiculement kitsch que ce que Vangelis enregistra pour illustrer Blade Runner. Si la réadaptation cinématographique du classique de Philip K Dick est devenue un classique, ce n’est certainement pas grâce aux gargouillements insipides du musicien grec.

Blade Runner et thief montrent que les musiciens d’avant-garde ne sont pas fait pour le cinéma. Piégés par le réalisme des images, ils se caricaturent pour coller à l’œuvre qu’ils illustrent, ou pour éviter de faire fuir les spectateurs les moins ouverts. Parue sous le simple nom de thief , la bande originale de Tangerine dream est la pire production du groupe . Il fallait bien que ces musiciens touchent le fond pour remonter de façon spectaculaire.

Sorti de cet échec, Tangerine dream enregistre exit , un disque révolutionnaire qui parvient enfin à redéfinir son son. Arrivé au studio, chaque musicien commence par composer de son côté. Les musiciens se retrouvent ensuite avec six titres, qu’ils retravaillent collectivement. Pour unir cette diversité de sons et de rythmes, Tangerine dream décide de tout miser sur les synthétiseurs modernes. Edgard Froese abandonne donc la guitare, et ses claviers donnent des mélodies d’une noirceur inquiétante et nostalgique. Le mellotron n’est utilisé qu’à doses homéopathiques, afin de ne pas troubler la noirceur de ce nouveau tableau sonore. Ce mellotron , autrefois maître des éclaircies et crépuscules de décors bouleversants , se contente désormais de brèves séquences répétées dans un tourbillon mélodique.

Tangerine dream ne cherche plus à faire rêver mais à séduire et son équipement moderne donne naissance à un de ses disques les plus accessibles. Si exit est composé de six titres assez courts, leur homogénéité est telle, qu’ils peuvent être considérés comme les six mouvements d’une superbe pièce instrumentale. Seul chant de l’album , kiew mission est une prière pour la paix sur fond de douceur mystique. Les percussions insufflent un peu de vie à ce recueillement, avant que le synthé ne s’essouffle lentement, tel un homme quittant ce monde avec le calme de celui qui a bien vécu.

Pilot of purple twilight pose un décor figé et glacial, où les sifflements du synthé dessinent de somptueuses aurores boréales. Court, mais très pesant et intense, ce titre nous plonge dans une apathie nostalgique, d’où chorozon s’empresse de nous sortir. Ce troisième titre bénéficie d’une batterie dont le synthé accentue le pilonnement , la folie d’une rythmique galopante peut ainsi nous empêcher de nous morfondre sur cette superbe mélodie.  

Vient ensuite le morceau titre, grande couleuvre dévoilant ses beautés en enroulant sa mélodie autour des battements du séquenceur. Pour suivre les contorsions de cette branche souple, ce reptile musical change progressivement de forme. On est ainsi absorbé par cette mélodie mutant au fil du temps, tout en restant incroyablement cohérente. Exit est un disque où Tangerine dream parvient enfin à se vendre sans se renier.

La relative brièveté des titres, ainsi que la douceur de ces bonbons mélodieux, permet au groupe d’entrer de plein pied dans les eighties. Malgré sa noirceur, network 23 développe d’ailleurs un rythme dansant taillé pour le top 40.  Aussi accessible qu’ambitieux, exit est un rayon de lumière dans un océan de médiocrité.

Après la sortie d’exit , Hollywood convoque une nouvelle fois Tangerine dream, qui produit la bande son de the soldier. Sorti en 1982 , the soldier est une sorte de James Bond en plus féroce. Relativement ignoré lors de sa sortie, le seul intérêt de ce film réside dans la prestation du grand Klaus Kinski. Du côté de la bande son , Tangerine dream effectue un travail aussi désespérément anecdotique que ses précédentes prestations hollywoodiennes. Aussi ratés soient-ils , les travaux que le groupe effectua pour le cinéma semble décupler sa popularité.

En 1981, leur tournée européenne est prolongée avec une série de 17 concerts en Angleterre. En guise d’apothéose de cette tournée triomphale, le groupe retrouve son Allemagne natale pour un grand concert devant le reichstag de Berlin.

Revenu de ce triomphe, Tangerine dream accepte d’enregistrer la bande son de la série télévisée tator. Sorti en single , le titre devient vite un hit , et reste à ce jour le plus grand succès du trio. Surpris par ce succès inattendu, Tangerine dream s’empresse d’affirmer que ce titre n’a rien à voir avec la musique plus « sérieuse » qu’il souhaite produire. Edgard Froese enfonce le clou , en affirmant que ce single enregistré en trois heures est très éloigné des ambitions musicales du groupe.

Ces mêmes ambitions apparaissent en 1981, sur l’album white eagle, qui tue tout espoir de réhabilitation inattendue. Si tangram contenait encore quelques bons moments, si exit pouvait laisser espérer un avenir radieux, white eagle apparait comme l’acte de décès de Tangerine dream. Ceux qui inventèrent tant de mondes parallèles sont devenus des caricatures de leurs plus grandes années. En voulant rester dans le coup, Tangerine dream inonde white eagle de synthés stériles , sifflements privés de l’inspiration géniale d’exit.  De ces bruitages ne nait aucune émotion , aucune vision, comme si tout ce qui sortait de ces machines ne pouvait qu’être géniale.

Et voilà bien un point sur lequel le groupe est encore précurseur, mais d’une bien triste façon. En triturant ses touches comme un aveugle tâtonnant à l’aide d’une canne, Tangerine dream affirme que la modernité prime sur la réflexion , idée que la musique électronique promouvra ridiculement. Les titres ne sont plus que des séries de bruitages privés de sens, et sur lesquels le groupe colle de vagues concepts fumeux. Mojave nous est ainsi présenté comme une ballade dans le désert mojave , mais son écoute s’avère aussi pénible que de le traverser sans moyen de se rafraichir.  La seule chose que cette agglomération de bruitage pourrait vaguement évoquer , c’est un nanar de science-fiction du niveau de starship trooper.

Les fans les plus dévots pourront toujours calquer leurs délires sur cette bouillie mécanique , cela ne les empêchera pas d’abandonner l’album après quelques écoutes. La vérité est que, à force de produire des bandes son sans âme, Tangerine dream ne sait plus rien faire d’autre.

Ce qui était l’élite de l’avant-garde allemande est devenu une machine à produire des fonds sonores. Certaines musiques d’ambiances procurent plus d’émotions que white eagle et ses successeurs, comme si Tangerine dream n’avait fait que s’éteindre lentement après le départ de Baumann. On évitera donc de suivre plus longtemps cette longue décadence, pour ne retenir que ces dix années où le groupe ne touchait plus terre.             

Tangerine Dream : Tangram

 Le 31 janvier 1980 est une date historique, c’est le jour où le rock allemand traversa le rideau de fer. Plongé dans une grande lutte pour l’hégémonie mondiale contre les Etats unis, l’URSS a longtemps vu le rock comme un suppôt de l’impérialisme américain. Grâce à la magie d’internet, on peut aujourd’hui consulter les listes des groupes interdits chez les soviets. Cela n’empêchera pas Che Guevara d’écouter les Beatles entre deux guérillas, mais le petit peuple ne trouvera ses albums des Stones que sur les marchés noirs.

Avant son concert à Berlin-est, Tangerine dream passa plusieurs semaines à chercher un nouveau claviériste. Un ingénieur du son leur recommande finalement Johannes Shmoelling , qui vient de produire la musique de la pièce « play death , destruction , and Détroit », du compositeur d’avant-garde Robert Wilson. Froese a vu cette pièce, et a apprécié le travail sonore de Shmoelling. De son coté, celui qui aurait pu continuer une carrière tranquille pour le théâtre souhaite se concentrer sur sa carrière musicale, il ne tarde donc pas à rejoindre Tangerine dream. La nouvelle formation embarque pour le « palast del republik » , théâtre de sa première percée à Berlin-est.

Au fond de la scène, le groupe diffuse des images inspirées par le Don Quichotte de Cervantes. Le piano caresse délicatement la sensibilité des trois mille spectateurs présents ce soir-là , pendant que Shmoeling dessine ce qui restera la plus belle intro de sa carrière. Le piano et le synthé s’unissent dans une rêverie mélodieuse , la basse ponctuant furtivement leur songe harmonieux. Dans ce Don Quichotte part one , l’incohérence des notes forment une harmonie schizophrène.

La rythmique charge comme le chevalier fou lancé à l’assaut des moulins à vent. Pour structurer ce récit hallucinant, le séquenceur impose sa lourde ponctuation robotique. Soutenues par une structure aussi solide, les harmonies virevoltent autour de ces piliers, comme des lucioles excités. La seconde partie de ce concert tricote un electro rock puissant , un progressisme froid aussi tripant que Tago mago.

Contrairement à Can , Tangerine dream ne doit pas ses mélodies hypnotiques à quelques notes primaires répétées dans un tourbillon hypnotique. Le groupe d’Edgard Froese fait oublier le réel en construisant d’imposantes cathédrales sonores. C’est cette architecture complexe qui fait planer le public berlinois, qui en oublie la prison dans laquelle il étouffe.

Ce 31 janvier 1980, trois mille âmes se sont évadées de leur ghetto soviétique. Si la révolution démarre dans les esprits , alors la superbe prestation de Tangerine Dream est un grand coup porté au mur de Berlin.

Galvanisé par cette prestation historique, Tangerine dream fonce en studio, pour enregistrer l’album célébrant ses dix ans d’explorations sonores. Sorti en 1980, Tangram doit son nom à un célèbre casse-tête chinois .Ce titre illustre la plus grande complexité de la musique composant cet album. La première surprise vient pourtant de ces synthés, dont Tangerine dream s’était rendu maitre. Si l’on pouvait s’attendre à ce que les synthétiseurs modernes accentuent la richesse de la musique, ces machines omniprésentes irritent vite l’auditeur. Ces infâmes claviers sifflent avec une grandiloquence surjouée , qui semble parfois évoquer Van Halen , ce qui est loin d’être un compliment pour un groupe d’avant-garde.

Passé ce premier à priori, on découvre que le plus gros problème vient de la plus grande complexité de cette musique. En voulant revenir à une musique plus construite, Edgard Froese a imposé une technique d’enregistrement moins improvisée. Les musiciens devaient désormais se contenter de suivre des partitions écrites en amont. Le résultat est si incohérent, que chacune des parties composant les deux longues suites de Tangram semblent avoir été écrites séparément. Si cette technique d’écriture visait à combler le vide laissé par le départ de Baumann, elle obtient l’effet contraire.

Soudé par des années de création, Tangerine Dream avait atteint une cohésion parfaite, une symbiose télépathique que le groupe ne peut plus retrouver. A la place, ses séances d’écriture ont fait de Tangram une compilation disparate, où le gênant côtoie le sublime, laissant l’auditeur choisir son bonheur dans ce grand bazar sonore. Les ventes seront pourtant au rendez-vous, et Tangram devient vite un des disques les plus vendus de Tangerine Dream. Ce succès donne une seconde chance au groupe, libre à lui de laver son honneur sali par un tel échec artistique. Une chose est sûre, avec Tangram Tangerine dream vient de tourner une nouvelle page de son histoire.        

vendredi 15 janvier 2021

The Shaggs : Philosophy of the World (1969)





The Shaggs "Better than the Beatles!" ou "Ce cher Austin"

Si vous n’avez jamais écouté les Shaggs, écoutez un titre avant la lecture, sinon tant pis et allez hop, hop,  c’est parti ! Mais se serait bien tout de même, surtout, si vous ne connaissez pas le groupe... Faites un effort ! Mince ! Okay, vous avez écouté, bien gerbé, alors quoi qui se cache dernier les Shaggs, 3 filles qui font  d'la bouse au fin fond de l'Amérique profonde ! Nan, pas que ça, vous allez le lire, voilà leur histoire tel que je la comprends, mes affirmations et mes interrogations... 

Bonne lecture à vous !

En 76 Zappa a déclaré dans une interview de Playboy : The Shaggs "better than the Beatles, even today!" Ha ha, il était sarcastique, on le sait ;) Alors, une farce, un canular ! Tout comme les Shaggs, certains l’ont cru d’ailleurs !  Non je ne pense pas, un bon mot, oui certainement, il aimait la controverse notre ami ! 

Un DJ radio (peut-être sur la chaîne WBCN-FM ou Zappa a été interviewé) lui aurait passé le disque, connaissant les goûts de Zappa pour les musiques étranges et bizarres…

Je pense sincèrement que Zappa aimait les Shaggs ainsi que leurs compositions sorties tout droit de nul part… Sinon des abysses d’un sous-sol d’une petite ville du New Hampshire… 

Une dent contre les Beatles? Nan… Je ne crois pas, il n’aimait pas le mouvement hippie et les Beatles étaient sans doute un peu sa tête de turque, plutôt qu’une aversion total contre le groupe, quoi que… Il y a tout de même quelques pendants dans l’histoire de Zappa et des Beatles, tout d’abord la pochette de « We’re Only in it for the Money » en 68 et ensuite avec Lennon sur « Some Time in NY City » en 71…  Pff remarquez Ringo Starr a bien joué dans « 200 Motels »  (le film) en 71… Allez savoir les gars…

Zappa, aimait passer des titres des Shaggs lors de ses invitations radios de Dr.Demento 73 (titres passés : « My Pal Foot Foot » et « It’s Halloween ») et aussi un passage en 81. 

Son troisième groupe préféré disait-il ;) On imagine facilement après Varèse et Stravinsky !

Rien que ça ! Le bougre, il mettait la barre très haute ! 

J’ai lu qu’il voulait les passer en 1ère partie de concert sur sa tournée 82, toujours une pensée pour les filles l’ami Frank et c’est bien, un fumiste sur cette histoire, nan je n’y crois pas du tout ! 

Juste un vrai Freak !

Sinon un petit coup de gueule, Zappa, ne se droguait pas et ne buvait pas et était foncièrement contre tout forme de drogue ! Il l’a dit et écrit à plusieurs reprises ! Donc les petits malins ici ou ailleurs qui trouvent sympa de faire de l’humour sur le sujet, révisez votre copie, un peu marre de lire ce type de crétinerie sur le compte de Zappa ! Voilà c’est fait !

Pas de Zappa, point de Shaggs, hmm oui peut-être, j’aime à le penser… Mais pas seul sur ce coup fumant, Kurt Cobain mettait les Shaggs au 5ème rang de ses disques préférés et surtout le groupe NRBQ qui a réédité l’album en 80. Et quelques chaînes de radios qui passaient tout de même un peu cet album, notamment la WBCN-FM, donc un ensemble de personnes bien prévoyantes ou pas, on le verra plus tard… Ont fait que le disque existe toujours, alors qu’il n’était pourtant absolument pas du tout acquis que le groupe rencontre une telle renommée !

Bon, bon j’arrête sur Zappa sinon je vous fait 10 pages ! Et c’est pas le sujet de ma chronique.

L’histoire des Shaggs débute en 1967 (voir note) avec le très catholique Austin Wiggin le père, habitant Fremont, New Hampshire avec femme et enfants. Suite à des prédictions lointaines de sa mère (chiromancienne), qui lui avait prédit, son décès (la mère), la naissance de 2 garçons et que des filles qui suivraient formeraient un groupe de Rock célèbre… Les 2 premières prédictions s’étant avérées exactes, décès, garçons, filles, ben il fallait pensait-il sûrement rendre hommage à sa tendre maman et exécuter la dernière prédiction, monter un groupe de Rock ‘n’ Roll avec ses colombes ;) Et euh aussi sans doute par la même occasion assurer sa retraite, ses filles n’étaient pas plus bêtes que les Beatles (1er passage TV US en 65) et il y aurait sûrement moyen de se faire un peu d’argent pensait-il… Notons que la famille a du mal à joindre les deux bouts et étaient relativement pauvre… Le groupe sera nommé les Shaggs, en rapport avec un chien ayant le poil hirsute, le Shaggy et avec la coupe de cheveux légendaire des filles et non pas de shag, qui veut dire « baiser », mince on lit n’importe quoi sur le net, les gens sont cons, des cathos à fond les ballons. Ils n’auraient jamais fait ce genre d’allusion, non mais !

Alors les filles, Dorothy (alias Dot) guitare et chant, Betty guitare et chant, Helen batterie et Rachel basse, âgées de 15 à 21 ans en 67 donc sont retirées de l’école, sauf Rachel 15 ans, trop jeune. 

Du coup pas de bases dans le groupe… Enfin au début ! Afin de prendre des cours de musique et de chant. Leur éducation scolaire sera faite par correspondance, on ne bouge plus de la baraque, et hop, j’ai décidé !  Confinement ! Sacré Austin, un visionnaire !

Note : j’indiquerai toujours la fourchette d’âge des 4 filles, même si Rachel fait peu partie de l’histoire (début 69 seulement). On voit fréquemment les dates de 68, 67 et des fois 65 concernant le début des Shaggs, alors quoi qu’est bon, officiellement 68 pour Wiki, 67 sur plein d’autres sites et rarement 65 ! Mais je pense que c’est la bonne date ! Retirer les 3 filles de l’école en 68 alors qu’elles avaient entre 19 et 23 ans… Nan, ou alors elles faisaient des études supérieures, mais cela ça se saurait ! Je pourrais détailler, mais ce serait trop long ! 

Bon je pars sur 67, mais ça me gratte !

67 donc, la galère commence alors pour nos 3, enfin 4 amies !

Oui, je parle de galère, de traquenard, plus de sorties autre que quelques courses, concert le samedi soir et église le dimanche, oui très catho les Wiggin ! Wow quel pied pour ces jeunes filles qui pensaient avoir une vie d’adolescentes ordinaires. Moi je dis, il y a séquestration ! Maltraitance ! Parfaitement ! Les filles ne se sont jamais plaintes, bien trop de respect pour leurs parents et très religieuses.  Mais sûrement gros, gros sur la patate, ok bien gentil le Austin, hmm pas sûr d’ailleurs, il passait d’ailleurs pour un caractériel désagréable et pas très fréquentable aux yeux de son voisinage.  Mais mince faire un disque en 2 ans, les gamines n’y connaissaient rien ! Et pas le tout de faire deux, trois notes et accords sur leurs guitares, faut faire des chansons de toute pièce, paroles et musiques, elles ont dû avoir quelques sueurs les filles tout de même, Dot dit que Austin était sévère et old school, ben, bien gentille la fifille à papa… Mais cela devait certainement être un sacré abruti et certainement tyrannique de plus… 

Journée très millimétrée, timing militaire, cours scolaire, cours de musique, gym... Oui GYM, mince nan, les gars pas le physique... Et représentation devant la famille… Et on recommence jusqu’à ce que Austin trouvera le résultat assez bon… Et enregistrer en studio en 69, l’année de sortie du fameux « Philosophy of the World » tout un programme ! 

On parle de cet album comme le plus mauvais disque of the world, rien que ça…

Alors que s’est-il passé dans ce sous-sol pendant 2 ans, ben les filles apprennent, écrivent, composent, seulement Dot écrit les paroles, mais assurément sans talent, probablement sans réelle cours de musique, par correspondance eux aussi ? Oooh arrêtons-nous 2 secondes sur les paroles, hmm il y a du pathos, de la tristesse, beaucoup d’interrogations, sur la vie, une autre vie… Même si Dot réfutera toujours cette autre lecture de ses textes…. Pff ! Quelques cours de chant à Boston de temps en temps, tout ça sera bien trop insuffisant, de surcroît pour des gamines qui n’ont pas la vocations et ne sont pas trop douées pour la musique, ni pour le chant ! Je comprends même pas que Austin ait trouvé ça suffisant bon pour leur faire faire un radio-crochet dès 68 !  Quel spectacle ! Les canettes volèrent sur la scène, agrémentées évidemment de nombreuses grossièretés ! Les Shaggs tiennent le coup, encaissent sans mots.. Pff… Quelle purge ! Et les concerts continueront, à la mairie de Fremont notamment, ou les gens payaient leurs places, mais bon rien d’autre à faire dans ce bled, plutôt une sorte de garderie dirait-on, beaucoup d’enfants. Festif certes, mais tout de même fliqué pour la sécurité ! On a des images en régie ?  « Magnéto Serge » Bon ici cela à l’air plutôt cool…  Je ne sais pas comment les filles supportaient cette ambiance lorsque cela dégénérer ! Et re-concert le samedi suivant, dingue et obtus le Austin, je vous le dis, elles ont en chié ! Et pour couronner le tout, les filles nettoyaient la salle le dimanche…  Avant ou après la messe ? Dieu quel week-end ! Pff… 

Peu d’infos sur la mère, Annie, on sait qu’elle vendait les billets de concert et s’occupait de la buvette, hmm pas très causant tout ça, sans doute une femme effacée, résignée.. Les frérots, pareil, âge, étude, boulot, mariage, rien ! Filaient eux aussi un coup de main pour le transport du matos lors des concerts, ils ont tout même assuré les entractes, à coup de tambourin et de maracas et aussi poussé la chansonnette avec les filles sur quelques titres, si, si ;) Y’a même daddy !

Bon 12 titres (en fait un peu plus) hop hop en studio les filles, nous sommes en 69, une ½ journée, 1 journée tout au plus d’enregistrement. A 60$ de l’heure, ils ont dû faire rapide, surement plus proche de la demi-journée à mon avis ! Arrivé au studio Austin les présente comme « sa propriété ! » Très joli, bien vu Austin, grande classe ! Des fois qu’on lui vole ses petites divinités ! Les ingénieurs du son, sont complètement abattus et aussi morts de rire !  Austin :  « Nan, faut les prendre, tant qu’elles sont chaudes ! »,  « C’est de l’avant-garde ! »  Les filles s’arrêtent de temps en temps lors de l’enregistrement, « Oups on a fait une erreur, on reprend, sorry messieurs », mais quelle erreur se disent les ingénieurs du son dans tout ce capharnaüm, cet imbroglio de notes indigestes !! Et bien, dans la logique des filles et dans leur œuvre complètement décousue, pataphysique, il y a un ordre aux choses, aux notes, aux mélodies, invraisemblable, paradoxale mais vrai !

Tiens question pognon, oui parce que des semons, des semons, c’est bien, mais il n’y a pas que ça dans la vie ;) Bon on sait que le père Austin bossait dans une manufacture de textile, quel poste ? Sans doute rien de folichon, certainement ouvrier, donc avait plutôt un salaire bas… Soit 250, 300$ par mois,  alors entre les instruments les cours, le studio, la gravure, les locations de salles pour les concerts, même lissé de 67 à 75 soit 8 ans, cela représente, fourchette base pas moins 1/4 du budget qui était consacré aux Shaggs… Cela ne devait pas être la fête tous les jours à la maison, pour rappel 8 personnes sous son toit et peut être un de plus, je ne sais pas où vivait le ½ frère Rick du 1er mariage de Austin, hmm pas le même nom donc on peut imaginer qu’il vivait chez sa mère… Mince tous les frais que cela devait comporter, je ne sais pas comment il faisait le père Austin, car même avec des crédits, drôle de jonglage financier ! Cela a réellement été un gouffre cette opération, c’est assez dingue quand on y pense ! Ou alors il y a des magouilles, allez savoir… 

Ou des grosses factures sont restées impayées… Il n’avait pas un sous, il venait lui aussi d’une famille pauvre donc pas d’héritage de mémé… La voyante, vous me suivez ?

Allez zou « Philosophy of the World »  est en boite, les filles ont entre 17 et 23 ans. Hop passons à la fabrication. Avec cette excellente pochette que l’on connaît, pff, nan on avait dit pas le physique, vous n’êtes pas sympas les gars ! Ils auraient pu facilement faire un peu mieux tout de même :( 

Cela contribue me direz-vous à l’ensemble de l’album, pochette, musique, paroles, une sorte de continuité improbable, stupéfiante et sans doute non voulue… C’est presqu’un concept album non ? Hi hi !  Allez zou un bon ingénieur Charlie Drayer, un chouette label Third World Recording . (1 seul disque sous ce label,  Les Shaggs… ) Un gars qui avait déjà produit quelques trucs tout de même… Commande de 1000 disques, pour commencer ! Pour n’être livré que de 100 LP, les autres, ben, on dit que Charlie s’est tiré avec, moi je pense qu’il n’ont même pas été gravé ! Hop encore une galère de plus, un avocat conseillera à Austin de laisser tomber, et pis sûrement aucun moyen financier pour poursuivre en justice un gars qui avait  déjà plusieurs casseroles à son actif… Sinon peut-être même pas payé par Austin, allez savoir… ou juste un acompte pour 100 pièces…  Si ces 900 LP existent  et que vous mettez la main dessus (aucune chance en France, l’album n’a pas été distribué chez nous ) Ben à  5000$ pièce vous êtes millionnaire : 4.5 M$ ! 

Enfin reste juste à trouver des bons acheteurs à ce prix ;)

Tiens, un 3ème larron dans cette histoire de LP, Harry Palmer, pseudo producteur, musicien, pff un filou de plus… Aurait vu les Shaggs en concert en 71. Elles font rire se dit-il, peut-être des sous à se faire, il récupère soit des invendus, sur le lot de 100, soit quelques cartons sur les 900 chez Drayer… Tout ça et un peu confus, mais Harry aurai arrosé à prix d’or quelques collectionneurs enragés, ce qui auraient favorisé la diffusion de l’album et surtout créé une partie de la légende des Shaggs!

Drayer n’aurait pas livré les 900, car il ne voulait pas que Austin fasse des Shaggs, un groupe  « Rock Freak », entendez par là « monstre de cirque Rock ‘n’ Roll » ! Tiens il a du cœur tout d’un coup ce gars ?

Faites-vous votre avis… En tout cas ces filous, font aussi partie des bougres qui ont créé cette saga , mais malgré eux ceux-là ;) 

Dingue nan ?  Mais de tout façon, la machine est lancée, rien ne l’arrêtera !

Bon next, ben ce qui était à craindre arriva, immanquablement, malgré la distribution de quelques disques aux radios locales et maisons d’éditions, peu de passages, tout le monde se moque de cet album… C’est un échec retentissant, un fiasco inévitable ! Soit Austin était timbré, soit complètement illuminé, allez savoir ! Les deux, sans doute !

Fin de l’histoire ? Ha ha, évidement que non ;)

Alors quoi !  Leur musique ! Une grosse merdouille cacophonique, dissonante et surréaliste et pis c’est tout.. Je ne crois pas que l’on puisse parler d’art brut, non, d’art naïf, non plus, non c’est juste pur, car inventé, j’ai lu « extase poético-surréaliste » voilà une bonne formule ! Les Shaggs : Guitare lead (Dot) suit le chant, note pour note,  guitare rythmique (Betty), appuie quelques accords inventés et pas en place, et la batterie (Helen), oooh le meilleur du groupe je trouve, jamais le rythme ne suit les guitares, oooh et le chant, ben c’est faux, timide et c’est chacun pour soi, les instrus sont bien évidement tous désaccordés ou plutôt non accordés, sinon on ne s’appelle pas les Shaggs ! Ooh ok je suis pas fou, je vais pas me passer l’album en boucle, mais j’ai toujours une certaine émotion de me passer quelques titres et de plus ça fait du bien, tant de supers groupes, bons musiciens, avec du talents et beaucoup de moyens techniques, nous servent de la bouse, et ben je dis que cela remet un peu les choses en place, les compteur à zéro ! Ça nivelle par le bas ! L’album est aussi salvateur, un espèce de RESET lorsque l’on peut avoir marre de toujours écouter les mêmes choses, ou rien d’innovant, car les gars essaient toujours et encore de nous livrer leurs mêmes succès…  Une sorte de rinçage intellectuel, oooh une lobotomisation ? Pourquoi pas !  J’entends, l’ami Barrett au loin, les Velvet assurément et je vois une attitude involontairement proto Punk, oui, rien à foutre de bien jouer, c’était bien une de leur « philosophie » Nan ? Ok les filles, n’étaient pas douées pour la musique, certes, pour autant que l’on sache, peu de cours leur ont été données, musique et chant, mais là encore, c’est des sous .. Donc et avec un peu de chance, juste quelques bouquins leur ont sans doute été payés et vas-y gratte, gratte, et tape fort ! Pff, ok, je vous entends, il eut été facile de faire un peu mieux ? 2 ans dans le bunker familial, oui ok, tu me donnes une guitare oui celle-là, si tu veux, du tabac, de la bière, quelques magazines et beaucoup de sopalin et je vous sors un truc…  A la force du poignet ;) Sinon quoi ?  Si échec ? Ben soit tu te braques et tu fais de la crotte volontairement pour peut-être sortir de cet enfer, soit tu éclates la guitare contre les murs, oooh nan, mieux tu la brûles, comme Jimi, wow quelle classe, belle fin, mais là papa pas content par contre, oups ça va chier très fort, gare au fusil ! Donc on continu, on continu envers et contre tous ! Pff quelle poisse ! Je pense que les filles ont plus supporté, qu’apprécié cette vie, pas de sorties, pas d’amis, pas de petits amis,  pas de loisirs autre que la zic, prières et couture, oui leurs fringues, c’est eux aussi ;)  Pff, ben pas une drôle de vie les gars, je vous le dis ! Mais qu’est-ce qu’il a voulu faire de ses filles l’antipathique Austin, des rats de laboratoire, une expérience artistique, du dadaïsme, ben si c‘est ça, c’est très réussi :( Malgré le désastre de l’album, les concerts se poursuivent toujours à la mairie de Fremont jusqu‘en 73 puis dans des hospices, des hôpitaux jusqu’en 75… 

C’est sans fin, une spirale étourdissante, je vous le dis ! 

Mince cela s’arrête quand ce feuilleton !  

Humm c’est facile pour qui aurait un jour, avec ou sans succès touché un instrument de musique de se dire tain en 2 ans, mince j’aurais fait mieux… Oui à voir, fallait le faire les gars… Allez hop 2 ans partant de zéro pour faire un disque, un bouquin, une expo peinture, un long métrage, pff pas simple les gars, on est pas tous des génies, ça se saurait sinon !

Hmm réfléchissez-y !

Heeeu sinon on peut changer les magazines, j’ai tout bien lu et relu ;)

73 les filles ont entre 21 et 27 ans… Aah oui là,  quand on met cela noir sur blanc, on rigole moins…

Croyez pas que les filles n’aspiraient pas à une autre vie ?  Déjà qu’elles ont foiré leur adolescence, on rogne maintenant leur vie de jeune femmes qui aspirent à une vie à elles, un mari, des enfants, une petite bicoque à elles, un petit boulot ? Nan ? Ben ça pique les yeux les gars, je vous le dis…  

A tel point que Helen 26 ans se marie en cachette, wow du « Dallas » chez les Wiggin, oui mais sans pognon svp, plus noir encore, plus lugubre !  A attendu 3 mois avant de l’annoncer au père, qu’il n’a eu qu’une idée en tête c’est de prendre son fusil et de dégager son 1er gendre ! Les flics s’en mêlent, le papa ou le mari ? Helen restera avec son mari, Austin ne reparlera à sa fille qu’un mois plus tard ! Sacré con, je vous l’avais dit ! Helen perd son époux 2 ans après (accident de voiture) et reviendra un temps à la maison…

Helen souffrira d’une grave dépression tout le restant de sa vie !

Dans sa nécro, on peut lire «  Helen, décédée en 2006 à 59 ans au Glencliff Home for the Elderty (traite les personnes ayant une déficience intellectuelle et/ou une maladie mentale). Ce qui semble inhabituel pour une personne de son âge, à moins d’avoir eu des problèmes de santé »

Nous dit on… Étrange nan, de souligner ce point sur cet nécro… C’est pas accablant tout ça ?

Je ne veux pas faire ici un lien trop rapide entre l’autorité du père et la maladie de Helen, par respect pour la famille et ce serait un peu facile, mais cela reste troublant.

75 décès de Austin. Les filles ont entre 23 et 29 ans…  Pff…. No comment !

Austin, le plus mauvais manager du monde passe son tour, décède d’une crise cardiaque massive, nous dit-on, bon là encore avait-il des problèmes de santé, était-il soigné pour cela.. Je sais pas ! J’ai envie de dire,  grosse fatigue, plus la force, plus la foi, possiblement sans pognon non plus, peut-être des dettes et toujours pas de succès, la 3ème prédiction était alors fausse, maman Austin l’aurait carotté ? Amen… Ou pas ?

Au-delà de la tristesse , la douleur qu’ont assurément eut les filles, ben je vois aussi un grand soulagement, enfin, tout ça s’arrête, fini la musique, fini Les Shaggs, enfin une vie légitime s’offrent à elles ! Je sais c’est moche à dire, mais je pense qu’une fois le deuil passé, les filles ont enfin pu sortir de cette confusion qui aura duré bien trop longtemps…

Les filles partent de la maison, se marient, fondent des familles, la vie prend enfin le dessus!

Annie vend rapidement la maison. Tiens, ils étaient proprio... Maison hypothéquée ? Pour prendre un appartement, reste-t-il des factures toujours impayées ? Des arriérés ?

Le nouveau propriétaire se plaint que le fantôme de Austin hante la maison ;) La maison sera brûlée, faisant par là même un exercice pour les pompiers, ce propriétaire ou un suivant, sais pas, voulait faire construire quelque chose de plus grand… M’enfin une maison cela s’agrandit, nan, bizarre, nan, on veut certainement exorciser cette maison du terrifiant ectoplasme de papa Austin ;) Hi hi ! Je comprends ! 

Re-fin de l’histoire ? Ha ha, re-évidement que re-non ;) Trop facile !

Et bien non, contre toute attente, alors que les filles n’attendaient plus rien des Shaggs toujours dans le New Hampshire, voilà que Terry Adams et Tom Ardolino du groupe NRBQ  (inconnu pour moi) fan des Shaggs décident de rééditer l‘album sur le label du groupe ! Nous somme en 80 ! 

La réédition est faite à partir d’un disque neuf, si, si, il y en avait encore, plein, plein ;) Car les bandes ayant été volés… Si, si !  A partir d’ici la presse s’intéresse au groupe et passe des titres en radio, font des articles souvent cinglants, mais aussi contre toute attente, très élogieux sur le groupe ! Le magazine Rolling Stone dira  « Comeback of the Year » En avance sur leurs temps les Shaggs, oui sans doute, mais aussi un autre regard sur la musique. Le travail invraisemblable des filles et leur histoire a également contribué à ce regain d’attention pour le groupe. La musique  « autrement » serait donc plus appréciée et comprise cette année-là ? Le disque ne se vend pas pour autant, petit succès d’estime donc…

Mais, leur mythe commencera alors !

Publication en 82 toujours par Terry et Tom aux manettes de la compilation « Shaggs ‘Own Thing ».  Dot retrouve des bandes, ou se trouve des enregistrements, studio, enregistrent de 75 , studio (oui, il y a eu une autre séance studio), maison, live, des titres de Shaggs et quelques reprises, ben là ici on rigole un peu moins, c’est bien meilleur, sans être un chef-d’œuvre, les filles montrent ici une certaine progression dans leur travail ! J’ai presque lâché une larmichette… Présence de Rachel à la base et des frérots, Austin III et Robert et Austin, si, si ! Malheureusement plus assez bancal pour les fans, le disque ne fonctionnera pas non plus ! On lui préférera toujours 

« Philo » ! Mince au passage, imaginez deux secondes que les filles aient fait un premier disque passable et bien personne n’en aurait parlé et les Shaggs seraient restées inconnues aujourd’hui, petit succès familiale et régional et pis c’est tout ! C’est dingue, non ? Être taggé le plus mauvais disque du MONDE cela a du bon, nan ? Hi hi ! 

En 85 encore Dr.Demento (DJ Radio) passe des titres de Zappa, Bowie et toujours des Shaggs, si c’était pas un fou ce gars! 

En 88 Dot retrouve une copie des bandes originales de « Philo », réédition du LP ;) Une autre compilation qui reprend « Philo », la 1ère compil et quelques titres supplémentaires. 

En 99 version CD complètement remasterisé. 

Dernière édition connue 2016, soit un total de 19 versions, qui dit mieux ;) Hein ?

Les Shaggs (seulement Dot et Betty, Helen étant souffrante) sont invitées à jouer lors de la célébration du 30e anniversaire de NRBQ à New York le 20 et 21 novembre 1999. 

En 2001, des bonnes reprises sur « Better Than The Beatles » , un album hommage aux Shaggs, je connais pas les artistes, dommage qu’ils ne soient pas un peu plus connus, seulement le doux dingue de R. Stevie Moore est présent ! Vaut une écoute, n’hésitez pas !

Comédie musicale : Créé par Joy Gregory. Beaucoup de représentations de l’histoire des Shaggs ont été joué depuis 2003 soit 16 ans ! Aux US, en France, et sans doute partout dans le monde ! Que des extraits sur YouTube…. :(  Si qq'un trouve la pièce complète…

Film : Réalisateur Ken Kwapis 2013, droits acquis, scénario écrit, des castings ont été fait, des bouts d’essais, et toujours rien !! Pff là ça c’est très moche... Mais projet n'est pas enterré ;) J’espère pouvoir voir cela un jour ;)

Et pour finir Dot Wiggin a sorti un album solo, « Ready! Get! Go! »  au chant uniquement, en octobre 2013. Sympa ;)

Rien à vraiment fonctionné en fait quand on y pense… Et pourtant les Shaggs sont toujours belle et bien parmi nous ! Insensé, nan ? 

Epitaph fait son épilogue :

Il a la Zappattitude, la Shaggsattitude le père Epitaph, oui un peu, beaucoup, c’est évident, mais pas aveugle, je vous rassure, ni sourd !

Pourquoi une note de 10 ? Hmm parce que « Philo » fait partie de ces rares albums ou tu notes 1 ou tu notes 10, 5 si tu veux pas te mouiller ! Je pense également à « Metal Machine Music » de Lou Reed, le titre « 4’33’’ » de John Cage, «Trout Mask Replica » de Captain Beefheart, « Cruising Whith Ruben in the Jet » de Zappa. Ou le geste est plus important que la musique… Bon c’est mon avis, c’est tout ! Après on comprend ou pas, je peux concevoir que certains écoutent la musique de façon brute, et voient dans les Shaggs et les autres que discordance, difformité et disgrâce, des Freaks quoi ;) Ahah Zappa avait bien raison d’aimer ce mouvement, lui était un visionnaire, les Shaggs ne sont qu’un accident, une bien triste mésaventure… C’est pour ça que je les aime ! J’espère et c’est le but de cette chro qu’elle vous aura peut-être suscité un autre regard sur leur travail… Sinon, changez pas vos notes, je n’ai pas le monopole du cœur ! Aucune amertume, je dis juste, vous n’avez pas vu et non pas que vous n’avez pas entendu ;) Et pis, dans tous les cas, qu’on aime ou pas , ben on cause toujours des Shaggs, et la légende court toujours, et encore, et pour longtemps ! C’est le principal, après tout ! Dingue, nan ?

Marre aussi de lire des articles, soit dithyrambiques, bien trop bisounours, ou alors gratuitement cinglants et corrosifs :( 

Comme le disait Dot « Ma devise, de Bambi, était toujours : «Si vous ne pouvez rien dire de gentil, ne dites rien du tout.» »  

Autre citation de Dot : « You can never please anybody in this world » 

J’espère seulement ici leur avoir rendu un bel et sincère hommage, rien de plus.

Le pire groupe de tous les temps, quoi que vous en pensez, vous aime toujours !

Alors… Vrai ou pas cette 3ème prédiction ?

Puisque vous êtes arrivé jusqu'ici, bravo et merci, kdo pour vous  ;)) 


Tangerine Dream : Force majeure


Cyclone fut un fiasco commercial, et les critiques n’ont pas hésité à enfoncer l’album. Cerné par la déception du public et la plume assassine de chroniqueurs peu portés sur le rock progressif, Edgard Froese refuse de défendre l’album. En interview, il va jusqu’à affirmer que cyclone était une erreur de parcours, l’œuvre d’un groupe perturbé par le départ brutal de Baumann. Symbole de ce rejet, Steve Joliffe est viré d’un groupe qu’il n’aurait, selon certains, jamais du intégrer. Celui qui offrit à cyclone son chant grandiloquent était un symbole de tout ce que le public a rejeté.

Désormais réduit au duo Froese/ Frank , Tangerine dream se réfugie dans son studio berlinois, où un violoncelliste et un percussionniste viennent lui prêter main forte. Après avoir rejeté son virage traditionnel, Tangerine dream reprend les choses là où Stratosfear les a laissées. Le but du groupe est désormais de pousser le mélange entre instruments traditionnels et machines électroniques à un niveau de perfection irréprochable.

Sortie en 1979 , Force Majeure y parvient admirablement.

On remarque vite que, si Edgard Froese a officiellement considéré cyclone comme une erreur de parcours, des traces de cet album unique subsistent dans force majeure. Mais cyclone provoquait le même rejet qu’une pin-up à l’heure de ses premières rides, il fallait maquiller son visage vieilli pour le rendre acceptable. Tangerine dream a donc fait une croix sur le chant, qui enfermait la musique de cyclone dans l’Epad des ex gloires du rock symphonique.

Placé en ouverture de ce force majeure , le morceau titre débute par un foisonnement de bruits futuristes, qui ressemble à une lettre d’excuse envoyée aux fans de la première heure. Puis le mellotron reprend les choses en main, imprime une mélodie atmosphérique, sur laquelle le violoncelle gémit gracieusement. Deux notes instaurent ensuite un crescendo puissant, avant que la guitare et la batterie ne jouent un rock presque floydien. Les riffs et solos de Froese valent largement le charisme lyrique d’un David Gilmour , et la rythmique se développe avec une musicalité digne de Wish you were here.

Le clavier reprend ensuite son crescendo mélodieux qui, une fois qu’il a atteint son apothéose, laisse le mellotron planer sur ses hauteurs dorées. On regrette presque que ce vol épique atterrisse une nouvelle fois dans le glacier bruitiste des synthés , mais cette escale inquiétante est de courte durée. Le mellotron ramène vite l’harmonie dans ce décor électro acoustique, cette valse où le mellotron enlace tour à tour la beauté froide du synthé et le charisme vigoureux d’une guitare électrique. Le final de ce premier morceau, sautillant et rêveur , évoque encore le prog anglais sans trop s’y apparenter.

Le synthé, qui suit une pulsation pleine d’allégresse, rappelle un peu les mélodies légères d’un Todd Rundgren période « a wizard a true star ». Comme Rundgren , Tangerine Dream évoque le rock progressif sans réellement s’y conformer , cette influence est une couleur qu’il ajoute à sa palette sonore. Viennent ensuite les arpèges majestueux de Froese , qui déroulent le tapis rouge à la mélodie somptueuse de cloudburst flight. On peut encore penser à Wish you where here , avant que le clavier ne s’envole en compagnie d’une guitare de plus en plus virulente.

Commence alors un solo qui ferait passer Stairway to Heaven pour une musique de mariage. Si Jimmy Page tutoyait les anges, Froese flirte avec le cosmos, et ses quelques minutes de solo font partie de ses plus belles envolées.

Force majeure tire sa force de ses crescendo lyriques, grandes envolées mélodiques qui laissent la guitare et le mellotron vous maintenir sur leurs sommets. Une fois là-haut, on aimerait que la valse entretenue par ces musiciens ne s’arrête jamais. Les passages les plus synthétiques viennent assez progressivement, pour nous faire accepter la fin d’un tel décor. Progressif sans vraiment s’y conformer, force majeure est la suite logique de cyclone. Après l’avoir expérimenté , Tangerine dream absorbe totalement le raffinement du rock symphonique, et s’en sert pour dessiner de nouveaux décors.

Si Tangerine dream a longtemps été tenaillé entre les sonorités de son époque et la modernité de son electro ambient , force majeure réconcilie ces deux préoccupations dans un nouveau chef d’œuvre.