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lundi 18 mars 2019

Radio Moscow : Magical Dirt


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Le rock ne s’est jamais remis de cette chaude soirée, où Hendrix mis pour la première fois l’Angleterre à genoux devant un Clapton hagard. Ce soir-là, c’est une nouvelle vision de la guitare rock qui est née, celle-ci devenait plus libre, plus virtuose, plus violente. Cette vision, aussi importante pour le rock que fut la découverte de l’agriculture pour l’homme, était amenée à dominer pendant les années suivantes. De Jimmy Page à Jack White, en passant par Slash et Ritchie Blackmore, tous ont une dette envers le Voodoo Child. 

Et aujourd’hui, les échos se font encore entendre, et son flagrant chez cette bande de disciple de Kyuss, forgent une matière musicale planante et corrosive, qu’on qualifie sobrement de stoner rock. Dès lors, dans un monde où toute référence assumée est considérée comme du plagiat, la valeur de ces groupes fut sans cesse minimisée, réduite à une hypnotique célébration d’un passé devenu pesant. Les stoners rockers n’étaient pas les Beatles du psychédélisme, leur évolution est progressive, basée sur un socle immuable mais accommodé de différentes façons. On a ainsi vu Graveyard démarrer dans un psychédélisme agressif, avant de basculer progressivement vers un blues rock boosté aux hormones, tout en gardant ce rythme hypnotisant et lourd. 

Le psychédélisme et le blues, voilà les deux mamelles nourricières de ceux qu’on caricature souvent comme de jeunes hippies, nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connu. Formé en 2003, Radio Moscow est considéré comme le plus Hendrixien de ces chevelus. Cette filiation, il l’a doit à cette guitare bavarde, abusant des larsens, et s’attardant longuement dans des solos tonitruants lors de concerts sur-amplifiés. 

Il y a pire destin que d’être inévitablement comparé à Hendrix, mais il ne faudrait pas que cette filiation masque les brillantes variations, et la cohérence de ces musiciens frappant sur le même champignon magique avec un enthousiasme irrésistible. « Before It Burns » vient visiter les terres du Mississipi, la guitare abandonnant ses bavardages acides le temps d’un blues poisseux, Bo Diddley n’aurait sans doute pas renié cette rythmique irrésistible. Cette parenthèse permet de souligner que, si Parker Griggs est particulièrement démonstratif, la puissance de sa guitare ne s’impose qu’en suivant les rythmes rapides de ses collègues. 

Placé en intro, « So Alone » témoignait déjà de cette rigueur rythmique, ce qui n’empêche pas le guitariste de nous gratifier d’une envolée assourdissante, comme une glorieuse apothéose à une chevauchée transcendante. Le cœur du rock, c’est le rythme, sans lui rien n’est possible, et Radio Moscow reste solidement attaché à ses beats, les solos n’étant que de brèves escales enchantées. 

Sur « SweetLilThings », ils sonnent comme le Magic Band à ses débuts, la guitare entamant une danse voodoo,  pendant que la voix ponctue les riffs, comme pour renforcer cette rythmique poisseuse. Et ces beats hallucinés s’impriment dans vos cerveaux innocents, en laissant une marque indélébile que seuls les grands sorciers de l’acide rock bluesy sont capables d’imprimer. 

Que Radio Moscow fasse partie de la longue liste des enfants spirituels de l’auteur de « Are You Experience », ça ne fait aucun doute, mais avec ce disque il semble bien avoir tué le père. 
                                                                                                               

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