mercredi 4 décembre 2019

Rock Storie: Woodstock on Water épisode 2


Se retrouver à la tête d’une flotte d’une dizaine de porte-avions, chargés de transmettre la bonne parole rock, la mission a de quoi effrayer. Surtout quant, à l’image d’Eric , on a passé sa petite vie sans faire de vague , et qu’on est d’un seul coup propulsé à la tête d’un événement potentiellement historique.

Transporté par hélicoptère , la nourriture et tout le nécessaire serait payés directement par les organisateurs. Au départ , les chaînes de grandes distributions s’étaient bousculés pour sponsoriser l’événement , mais il était hors de question de voir débarquer des hélicos lidl ou auchan.

Si le coup ratait, la plupart des organisateurs se retrouveraient à la rue, et chacun avait donc ses exigences. Convoqué à la salle de rédaction de rock et folk pour fixer la set list , Eric s’attendait à la bataille qui allait suivre, mais espérait naïvement que les noms de Radiohead et muse n’y serait pas prononcés.  

Dans le salon , les couvertures du magazines qui le fascinaient tant sont fièrement affichées , au milieu d’une décoration colorée, qui rappelle malheureusement le salon du bobo moyen. Confortablement assis dans le canapé où Iggy s’était installé, pour la photo du numéro célébrant la sortie de son album avec Josh Homme, Eric attendait d’abord qu’on lui présente la première version de l’affiche.

En arrière-plan, une grandiloquente représentation de Tom York façon art psyché. L’homme est plongé dans un solo faisant sortir des arcs-en-ciel d’une guitare déformée. La réaction d’Eric ne se fait pas attendre : C’est quoi cette merde !
                                                                                    
On entra alors dans un débat houleux, où il entendit des choses aussi aberrantes que « Muse et radiohead remplissent les cargos à eux seul , il est normal de les mettre à l’honneur. » ou « on laisse quand même leur chance aux autres, mais il ne faut pas non plus être trop utopistes. »

La rencontre ne faisait que confirmer ce qu’il pensait depuis plusieurs années, les journalistes rock ne croient pas à la survie de leur musique. Et, à la limite, il préfèrent largement la laisser comme elle est, fossilisée dans un passé révolu.

Pour eux , Muse était les nouveaux beatles , radiohead le nouveau pink floyd , et ces caricatures les rassuraient. Le seul argument valable de leur part était que le public n’était plus le même , la curiosité avait disparu , asphyxiant aussi le courage des journalistes musicaux.

« Mais justement ! Si vous n’aviez pas eu le courage de miser sur Iggy , il n’aurait jamais percé , vous avez une responsabilité dans le maintien de la curiosité populaire. »

La réponse décontenança d’abord Manœuvre et sa clique, et Eric compris vite que, si il ne raisonnait pas en terme de rendement, il ne parviendrait pas à les convaincre. Il claqua donc sur la table le dernier numéros de « classic rock » , sorte de version anglophone de best.

« Vous voulez voir grand ? Voilà ce que l’amérique et l’Angleterre veulent voir. » La couverture était l’exact opposé du premier essai d’affiche que rock et folk a concocté, et Muse et Radiohead n’y étaient même pas cités. Le constat était une véritable claque, le plus grand magazine rock de France venait de se faire gifler par le pays natal de la musique qu’il célébrait.

Désormais en position de force, Eric posa sa version de l’affiche sur la table, une simple peinture des musiciens au milieu de cette scène gigantesque formée par dix portes avions, et entourés des noms des participants. Bien sur radiohead et muse n'étaient pas mentionnés et, après avoir vu l’heure, Eric donna son coup de grâce lorsque les premières protestations se firent entendre.

Allumez la télé messieurs, et voyez comment on fait monter la sauce.
Notre ami s’était en effet permis de diffuser cette affiche sans attendre l’avis de ses collaborateurs et , si elle suivait à peu près le sommaire du numéro spécial de rock et folk , les deux absents firent grand bruit en France.

« Le festival qui refuse radiohead et muse » , les chaînes d’infos passaient ce bandeau en boucle , oubliant presque les grèves à la sncf , le chômage de masse , et les petits bourgeois cassant les abribus pour se donner un air de révolutionnaires anarchistes.

Le risque était que, blessé dans sa fierté, rock et folk lâche l’affaire , mais il fut au contraire galvanisé par ce dernier coup d’éclats. Un mois plus tard, tout ce que le rock compte aujourd’hui d’excitants embarque sur un bateau, en direction des eaux Anglaises, où Radio Caroline diffusait jadis les plus grands classiques du rock.

Quand les ferries transportant le public approche de la scène faite de dix porte-avions, les musiciens et organisateurs ont l’impression d’être une terre abordée par la monumentale flotte viking. Ce n’est pas un succès, c’est un triomphe, au point que la monumentale scène surélevée est bientôt semblable à une miette de pain cerné par une horde de fourmis. Vu des hélicos qui transporte Jack White , qui fut choisi pour ouvrir l’événement en réformant les white stripes, la scène est particulièrement impressionnante.

Qu’importe , l’homme en a vu d’autres , et débarque comme prévu en parachute , alors que sa batteuse a été placé derrière sa batterie pour ménager l’angoisse que pourrait lui provoquer cette foule. Jack, lui, est comme un poisson dans l’eau, son look de citizen kane lui offrant un charisme patriarcal, à mi-chemin entre Humphrey Bogart et l’incarnation de Willie Wonka par Johnny Depp.

Le chaos stoogien du duo semble décuplé par l’immensité de la scène. Nourri par le bonheur sauvage d’une foule déchaînée, le set s’avère absolument parfait. Icky thump , you don’t know what love is , seven nation army , ce sont les évangiles du riff que Jack White envoie ici, laissant toutes ses ballades de coté, pour éviter de faire retomber la pression.

Vous n’imaginez pas la sensation que provoque ses milliers de personnes chantant les fameux riffs de seven nation army, c’est littéralement le cri de guerre d’une musique de nouveau prête à conquérir le monde. Quand le musicien sort de scène , et croise le regard d’Eric , sa seule phrase sera « Je viens de comprendre ce qu’a pu ressentir Hendrix à Woodstock ».

Loin d’être impressionné, les rivals sons prirent la relève avec une puissance décuplée. Avec son look de dandy d’un autre siècle, Scott Holiday est sans doute le plus grand guitariste de hard rock de notre temps. Les rivals sons ne sont pas seulement la réincarnation de cette vieille bête fascinante, que les amateurs nomment sobrement hard blues, ils sont les nouveaux mages chargés de réveiller l’humanité à coup de solos déchirants.

En cette année où le rock semblait perdu, « open my eyes » sonne comme une résurrection, sortant tous les amateurs de musique d’un cauchemar qui n’a que trop duré. Véritablement possédé par un démon hurleur, Jay Buchanan donne de nouvelles lettres de noblesse au chant hard rock.

Enfin non , ce n’est pas un chant , c’est un cri de l’âme , qui semble charrier tout ce que l’humanité compte de passions, dans une orgie sonore qui se fait presque spirituel sur back in the wood et hollow bones. Et puis n’oublions pas la batterie, cœur du hard blues, battant avec une puissance monumentale, comme pour transmettre sa furie rythmique aux autres musiciens.

Eric avait volontairement tiré deux de ses meilleurs cartes dès le premier tour de piste, il fallait littéralement assommer cette foule immense, lui donner du saignant, pour qu’elle arrive exsangue et reconnaissante vers des mélodies plus raffinées.

Le public avait eu droit au tonnerre, il faut désormais lui offrir un crépuscule lumineux.           

               
                                   

dimanche 1 décembre 2019

Rock storie : Woodstock on Water


Cette histoire est totalement fictive, seules les groupes et titres qui y apparaissent sont vrais. C’est une autre façon d’appeler le lecteur à être toujours plus curieux, une nouvelle façon de donner envie d’écouter ce précieux matériel. Car, tant que le rock produira les artistes que vous découvrirez dans les prochaines lignes, il ne sera pas totalement mort.

Le monde est gris, la vie passe comme une longue peine, et les exutoires disparaissent à une vitesse affolante. Pour tout le monde, le rock est un truc dépassé , mort , dont on ne célèbre que les vieilles reliques, qui justement s’effondrent les unes après les autres. Bowie , Lemmy , Pink Floyd , Lou Reed , Rick Parfitt , presque chaque année de ce satané millénaire emporte un bon bout de cette époque bénie, où le rock était tout.

En France, la situation n’était pas plus passionnante dans les seventies, à moins de penser que téléphone est un groupe de rock. Mais on avait toute cette littérature, les articles de ce vieux routard d’Alain Dister , reçu à l’époque par Bernard Pivot, et bien sûr rock et folk et best. La France ne savait pas produire de rock, mais elle était celle qui en parlait le mieux, la beauté de sa langue survivant aussi à travers ces journalistes exceptionnels.

A ce niveau là aussi, on a un peu baissé, à moins que ce ne soit la passion qui ait diminué. Bref, en traînant au milieu des rue Lilloises , Eric mûrit un plan faramineux , créer LE concert de rock du siècle. Il ne s’agirait pas d’un nouveau Hellfest , qui est déjà devenu le disneyland du métalleux , mais bien d’un festival de passionnés.

Il avait d’ailleurs tiré une leçon essentielle en suivant l’évolution du Hellfest : un évenement doit être unique pour ne pas être corrompu. L’esprit humain étant ce qu’il est, le pognon prend souvent le dessus sur la passion des organisateurs et, si une bande de pharisiens vient à dénicher le bon filon, vous pouvez être sûr qu’ils transformeront votre invention en énorme cirque consumériste.

Plus vicieux aujourd’hui, les promoteurs manipulent votre orgueil, vous faisant sentir que vous êtes différent, alors qu’ils vous plument comme les aliénés pour qui le bonheur se trouve dans la prison merveilleuse de Mickey.

Mais comment peut-on organiser, dans un pays où tout est limité et réglementé, un festival sauvage capable de faire la nique aux réactionnaires comme aux partisans de cette modernité pernicieuse ? C’est un courrier un peu fou à rock et folk , et à Manœuvre , qui a tout déclenché. En voici la folle prose :

« Rock et folk ,

Oui ne t’attend pas à ce que je te donne du « cher » , « vénérable », ou « précieux » , car je suis d’abord ici pour te conspuer. Armé de ton égo atrophié, tu nous pompes l’air avec de vieux schnocks, que la plupart d’entre nous n’ont pas connu avant qu’ils deviennent mortellement chiants.

Il est vrai que dernièrement tu as fait un effort , en mettant Josh Homme en couverture , soit un mec qui n’a plus rien inventé depuis les deux premiers albums de Kyuss. Serais tu en train de lâcher l’affaire en nous faisant comprendre , comme le disait Manœuvre dans une interview, que « le rock est mort » ?

Où est l’époque où ce même Manœuvre, qui recevra une copie de la lettre corrosive que tu tiens dans tes mains molles, nous faisait tout un édito sur la folie de Detroit. Dans les années 90, on pouvait au moins te reprocher tes erreurs, d’avoir raté certaines choses , désormais tu rates tout.

Te faut-il un événement pour te mettre tout cela sous le nez ? Cherches-tu un autre Woodstock qui rendrait ton travail de découvreur plus facile ? Très bien, alors faisons-le ensemble. Tu trouveras ci-joint une liste de rockers encore en pleine forme, de guides écrivant la légende de demain, aide moi à les contacter.

Tu vas sans doute me trouver fou , mais pour l’endroit il suffirait de prendre un  bateau et de le placer à l’endroit exact où Radio Caroline émettait. Prévois de la place dans le Cargo, je pense que la musique que tu crois morte risque de te donner une surprise monumentale.

La seconde lettre, Eric l’avait déjà adressée au gouvernement, prouvant ainsi ce haut niveau d’inconscience qui fait les grandes œuvres.

Monsieur le président ,

Vous aurez remarquez que j’y ai mis les formes , il est vrai que le service que je vous demande est un peu spécial . Vous avez en effet, dans un garage maritime qui doit coûter « un pognon de dingue » au bon contribuable, un gros bateau fatigué qui semble à la retraite.

J’aimerais donner une seconde vie à celui que les guignols appelait ironiquement « le ribery » (parce qu’il est toujours à l’infirmerie), et qui dispose d’un espace fort intéressant pour mon projet. J’aimerais en effet y organiser un concert de rock du niveau de woodstock , un évenement monumental qui redonnera des rêves à une jeunesse endormie.

Vous cherchez une nouvelle popularité ? Je vous l’offre ici sur un plateau , ce sera mon cadeau de Noël.

PS : Si il vous reste aussi un ou deux hélicoptères , ce serait énorme de voir les artistes débarquer en parachute !

PPS : Pour augmenter l’espace, vous pouvez demander à votre copain trump qu'il nous en envoie quelques un … Il semble en avoir trop.


Au début Eric n’y croyait pas, d’autant que la réponse mit des mois à lui parvenir, et qu’il était retourné à l’ennui de son quotidien anonyme. La réponse de rock et folk et Manœuvre arriva en couverture de rock et folk. En couverture de ce hors-série, on pouvait voir tous les artistes étant dans sa liste avec, en titre : Ressuscitons le rock !

Rock et folk avait écrit 120 pages incroyables , racontant la genèse de ces artistes modernes , et annonçant un concert dont personne ne connaissait le lieu ! Après la couverture, le président et ses sinistres (y’a une astuce) , ont envoyé un courrier à notre doux cinglé.

Les politiques sont en général des feignants, il faut que la solution soit sous leur nez pour qu’ils se bougent, et la toute la presse et une bonne partie des médias avaient suivi rock et folk dans le récit de ce projet fou.

Plus porté sur les rappeurs analphabètes, qui sont plus proches de son niveau intellectuel, Hanouna avait programmé une émission de lynchage médiatique comme il les aime. Barthes n’étant qu’une version plus bourgeoise de ce pétomane sinistre, il ne cessa de moquer ce vestige du « vol de la culture noire par des petits blancs prétentieux ».

Il est amusant de remarquer que la bien pensance qu’il représente ne juge plus la culture que via la couleur de peau , la religion , ou le sexe de ses géniteurs. Mais nous dérivons sur un terrain politique et notre histoire parle d’une chose bien moins futile : la musique.  

Or , en plus de la lettre du gouvernement lui annonçant la mise en place du Charles De Gaulle , Trump lui-même avait accepté d’envoyer dix portes avions supplémentaires. Voilà donc notre héros à la tête d’une flotte impressionnante prête à coloniser les ondes au nom du rock .  

L’histoire avec un grand H peut enfin commencer.        
      





samedi 30 novembre 2019

STEREOLAB : Cobra and Phases Group Play Voltage in the Milky Night (1999)

Formation :

Laetitia Sadier
Tim Gane
Mary Hansen
Simon Johns
Morgane Lhote
Andy Ramsay


Stéreolab est un groupe franco-britannique fondé au début des années 90 par Laetitia Sadier (et oui une française) et Tim Gane, anglais.
Groupe inclassable, unique, attachant, imprévisible, déroutant et atypique par excellence, quasiment insaisissable et définitivement hors des modes et hors du temps ; c'est pour cela que j'aime Stereolab même si tous leurs albums ne sont pas toujours au niveau où leur potentiel devrait les porter.

Stereolab a été catalogué au fil des albums : pop, pop 60's, pop psychédélique, progressif, easy listening, post rock, expérimental, musique avant-gardiste, électro, art rock, krautrock, variété, pop alternative, space rock, musique planante, musique électronique etc etc avec quelques influences de musique latino et même jazzy sur quelques titres. Sur Sens critique un internaute a proposé le terme de krautpop et effectivement je trouve que cela colle très bien.


Le groupe a l'art d'utiliser des instruments tels le xylophone ou le vibraphone à la sauce 60's rendant le tout à la fois vintage et moderne.
Dans un album, et c'est vrai ici, les influences et atmosphères sont multiples et c'est ça qui fait le charme du groupe car Stereolab a l'art du contre-pied bien que la base musicale de chaque album soit plus ou moins la même.
Stereolab a notamment l'art de procéder par « boucles » répétitives d'où d'une affiliation évidente avec le krautrock.
Autant j'avais été déçu par « Dots and loops » autant sur « Cobra and phases group play voltage in the milky night » leur sixième album l'alchimie prend mieux.
Pour moi on a affaire ici au meilleur album du groupe (devant « Emperor Tomato Ketchup » et « Mars audiac quintet » ; « Transient Random-Noise Bursts With Announcements » ayant également quelques qualités) ; c'est plus diversifié, les compositions sont plus recherchées et de meilleure qualité.


Il faut dire aussi que le groupe est un véritable stakhanoviste de l'enregistrement : une discographie longue comme le bras, plus de 10 albums en 15 ans de carrière sans compter les EP's, les remix et les compilations.
En général Stereolab n'est pas facile à appréhender car leur musique est à la fois simple et complexe mais « Cobra » est malgré tout plus accessible (même s'il reste déroutant à bien égard). Tout en restant iconoclaste, diversifié et surprenant !!
Comme à chaque album l'ambiance est vraiment unique et surprenante mais malheureusement comme souvent les morceaux sont de valeurs inégales, le groupe veut trop en faire, c'est un peu trop long et il y a du déchet (alors qu'en prenant les 10 meilleurs titres on aurait un album FA-BU-LEUX!! ). Dommage mais comme je l'ai dit plus haut Stereolab a beaucoup enregistré, peut-être trop, donc avec de la qualité forcément variable...


Cela débute par « Fuses » morceau jazzy avec cuivres et xylophone/vibraphone puis « People do it all the time » musique estampillée science fiction planante avec toujours des mélodies et des choeurs remarquables (le groupe, toujours emmené par l'emblématique et discrète Laetitia Sadier, est maître dans l'art de superposer et de mélanger les voix).
« The free design » un des meilleurs titres de « Cobra » , rythme salsa latino, sublime.
« Blips drips and strips » et « Infinity girl » encore un xylophone/vibraphone remarquablement utilisé et toujours ces voix et ces mélodies qui font mouches, des mélodies tout en finesse, tout en douceur mais appuyées par une musique impeccable.
« Italian shoes continuum » ambiance SF space pop on se croirait dans une série de SF des 60's.
« Oh hop detonation » l'autre morceau phare, rythmique entraînante et envoûtante (le genre de titre plus accessible enregistré par Stereolab). Celui dont la mélodie vous reste dans la tête un certain temps.


La deuxième partie est moins bonne.
« Puncture in the radax permutation » est plutôt réussi avec son final plein de violons.
« Blue milk » titre expérimental et hypnotique, plus que correct , j'aime bien.
Par contre « Velvet water » tout comme « The spiracles » sont à oublier, plus sirupeux, trop mièvre, trop mou !! C'est le côté» négatif de Stereolab ces petites « chansonnettes » sans grand intérêt.
Donc pour récapituler les meilleurs titres sont « The free design » et « Oh hop detonation » puis juste derrière « Blips drips and strips, « Infinity girl » et encore « People do it all the time ».
Au final beaucoup d'ambiances assez uniques et spéciales, une musique assez improbable, beaucoup de trouvailles vocales (en pop rock se sont souvent les groupes féminins ou à chanteuse qui innovent le plus dans ce domaine et Stereolab en est encore un exemple), une pop hors du temps, hors des modes, hors des normes, un album plus complet que « EmperorTomato Ketchup » (le disque le plus accessible du groupe et que beaucoup considèrent comme leur meilleur), « Mars Audiac Quintet» ou « Dots or loops ».
Même si Stereolab n'est pas facile d'accès et qu'il faut souvent écouter plusieurs fois avant d'apprécier j'adore ce groupe car il joue une musique pop d'apparence simple et entraînante mais qui se révèle d'une grande subtilité (malgré des défauts), musique qui prend sa pleine valeur sur scène où les improvisations et digressions musicales font merveille (à voir absolument live).


En tout cas il faut absolument avoir écouter Stereolab au moins une fois dans sa vie et ce « Cobra » est un bon compromis entre le côté expérimental du groupe et son côté plus accessible. L'album plus abouti et le plus complet aussi.
Je mets sans hésiter une bonne note pour les temps forts et pour l'originalité de l'ensemble (et malgré les quelques temps faibles)
Et n'oublions pas que Stereolab est assurément l'un des groupes les plus excitants de ces 30 dernières années (et qui vient de se reformer en 2019 pour des concerts après près de 15 ans d'absence).



The White Stripes : Under Great Northern Lights


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D’abord tourné vers une carrière de prêtre, Jack White a découvert la musique comme Jeanne D'arc découvrit sa foi. Amoureux du blues originel, il apprenait une leçon essentielle : less is more. Les débuts sont difficiles et, bien que la scène de Détroit entre de nouveau en ébullition, rares sont les musiciens du coin qui puissent vivre de leur art.

Alors Jack se débrouille, et arrondit ses fins de mois en restaurant des vieux meubles, un métier qui lui apprend le goût du bel ouvrage. D’une certaine façon, c’est un homme pétri de valeur qui semble disparaitre, et son amour de l’authenticité, de la patience menant à la perfection, et d’une certaine simplicité, ne pouvait qu’en faire la coqueluche d’une nouvelle vague de rockers.

Car, si ils eurent une carrière extrêmement courte , the go fut un condensé de ce souffre musical qui renaissait dans la motor city. Ecoutez watcha doin , le premier et seul réel album de la formation , et vous comprendrez que Jack White a annoncé le renouveau du rock bien avant les strokes.

The go devait une bonne part de sa puissance de feu à la verve soliste d’un Jack tombé très jeune dans le chaudron stoogien , et qui dépoussière les formules incandescentes de ses héros sur un disque magnifiquement crade. Watcha doin était trop rugueux pour séduire le grand public, il avait la puissance sans calcul de fun house et kick out the jams , des albums qui ne pouvaient se vendre qu’au milieu du brasier seventies.

Mais Jack White menait déjà un projet parallèle, un groupe de deux musiciens qu’il comptait bien mener au sommet. Alors, quand son manager lui rappelle la clause d’exclusivité qui le lie à the go, il n’hésite pas une seconde à quitter un groupe dont il ne parvenait pas à prendre le contrôle.

Oui , Jack White voulait avoir un contrôle total sur son œuvre , et la docile Meg White ne risquait pas de lui opposer la même résistance que le quartet de Detroit. La suite on la connait, un premier album dès plus rugueux transforme les White Stripes en coqueluche d’un nouvel underground , avant que le groupe n’accède aux sommets suite à la sortie de « White blood cell » et « elephant ». 

Mais Meg White supporte mal les concerts devant des foules impressionnantes, et l’énorme popularité des White Stripes. Victime de crises d’angoisse , elle pousse le groupe à se séparer après la sortie de « Icky Thump » , un disque foisonnant qui clôt une carrière exemplaire.

Issu de la dernière tournée du duo , « under white northern light » finit d’imposer les rayures blanches dans la longue mythologie rock . Tout groupe qui se respecte impose son statut sur scène, c’est ce qui permit aux stones de se maintenir malgré une production discographique de plus en plus calamiteuse, et c’est ce qui fit la grandeur des gangs les plus vénérés.

Dans le grand nord canadien, Jack et Meg viennent promouvoir le culte d’Elmore James , et de toute cette musique dépouillée qui vous secoue les tripes. Dès l’ouverture sur le riff primitif de let’s shake hands , le groupe réveille notre cerveau reptilien à grands coups de rythmes primitifs.

On a beaucoup moqué le jeu de Meg White , en rappelant qu’elle savait à peine manier sa batterie lorsque le groupe fut créé. Mais c’est justement cette innocence que Jack White cherchait désespérément, cette simplicité donnant encore plus d’impact à ses riffs où se croisent l’influence des stooges et de led zepp.

Il faut bien comprendre que, de Cobain à lui, tout ce que le rock compte d’excitant fut construit pour balayer les finesses artificielles des eighties. Nirvana , Metallica , Guns N rose et les White stripes menaient le même combat pour un retour à une certaine férocité directe , même si leurs influences sont bien sûr très différentes.

Pour en revenir à ce live, c’est tout simplement la plus pure expression de ce que les white stripes font depuis dix ans, c’est-à-dire décupler le chaos sonore initié par le premier disque de the go. Black math et when I hear my name sont de véritables boogie sous hormone, avec un riff lourd comme un coït de mammouth .

Déshabillé devant une foule déchaînée, le blues n’a jamais été aussi poignant que sur les lamentations suaves de « Jolene » , aussi vibrant que « I just don’t know what to do with myself » , alors que « balls of biscuit » pourrait rivaliser avec les plus grands jungle beats de John Lee Hoocker.

Les white stripes sont passés maîtres dans cette virtuosité minimaliste, que les black keys et royal blood ne feront que parodier. Alors, quand seven nation army résonne plus violemment que jamais dans la salle Canadienne , il s’impose comme le dernier soupir d’un géant déclinant.

Après cela, Jack White ne pourra que passer à autre chose. L’avant-gardiste prenant alors la place du rocker sauvage, pour une deuxième partie de carrière, qui ne tentera jamais de rivaliser avec cette force minimaliste.      

    

jeudi 21 novembre 2019

The ramones : Gabba Gabba Hey : épisode 2


Rocket to russia

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Seul contre tous , voilà comment on peut encore résumer le statut des ramones lors de la sortie de ce disque. Les critiques qualifient leur musique de « son de dix milles chasses d’eau » , les radios refusent de passer leurs titres , et les disques ne se vendent pas.

Ceux-là n’ont pas encore compris que le génie des ramones est progressif, le groupe monte en puissance par paliers, comme un missile en plein décollage. Rocket to russia est justement le titre de ce dernier manifeste en trois accords, et le chemin parcouru en un an est encore une fois impressionnant.

A l’époque , le groupe tourne encore sans discontinuer et , si la cadence infernale qu’il s’inflige lui permet de progresser rapidement , elle met les nerfs des musiciens à rude épreuve. Quant Joey chante « I wanna be well » , il exprime autant ses propres névroses que les tensions qui commence à frapper son groupe.

Celles-ci nourrissent encore des riffs qui n’ont jamais été aussi incisifs que sur cretin hop et rockaway beach, alors que le groupe commence paradoxalement à révéler une certaine finesse minimaliste. Des embryons de mélodies commencent à pointer timidement leur nez , comme sur locket love et I don’t care , et leurs mélodies qui s’impriment dans notre mémoire comme des parodies de slogans révolutionnaires.

Et puis il y’a « surfin bird » et « we’re an happy family » , rock cartonneuse qui semblent joués par des personnages de tex avery. Encore une fois, le disque ne se vend pas, et la critique ira jusqu’à prendre ce gang de dadaiste punk pour des fafs , après les avoir entendu chanter « je suis un béret vert au vietnam ».

« Nous étions trop innocents » déclarera Joey , on lui répondra que c’est bien là que se situe leur grandeur. La politique, les ramones s’en foutent comme de leurs premiers diabolos menthe. Leur truc c’est le rock, le vrai , celui qui sera toujours le cri rageur de ceux « qui ont la fureur de vivre, de parler, qui veulent jouir de tout, qui jamais ne baillent ni ne disent une banalité, mais qui brûlent, brûlent, brûlent, comme une chandelle dans la nuit."*

Et pour eux, la vie est un combat dont les ramones ont fourni la bande son.


Road to ruin

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Des morceaux de plus de trois minutes , des solos certes minimalistes mais bien présents, le tout sur un album dépassant allégrement la demie-heure syndicale. Road to ruin est clairement l’album qui marque une nouvelle ère pour les ramones.

En amélioration constante depuis son premier brouillon libérateur, la fausse fratrie new yorkaise livre ici son disque le plus équilibré. Fini les riffs sonnants comme des tronçonneuses prêtes à déchiqueter toute notion de virtuosité rock , Johnny développe désormais son propre feeling. Et réussit désormais à varier les registres.

I just want to have somethin to do sonne comme une version punk des premiers led zeppelin , le guitariste ayant appris à laisser respirer ses décharges rythmiques, afin d'en décupler l’effet. On trouve toujours notre lot de rythmiques foudroyantes, comme bad brain ,ou i’m against it, mais la production ample s’éloigne du son tranchant des premiers disques.

Road to ruin n’est plus un pavé primitif, c’est un véritable album varié et travaillé. Le groupe réclame une reconnaissance qui tarde à venir, la ballade acoustique « don’t come close » s’alliant à la classieuse reprise de « needles and pins », et à la mélodie réconfortante de « questionengly », pour tenter d’imposer les ramones au sommet des ventes. Ajoutez à cela les progrès vocaux d’un Joey Ramones qui ne se contente plus de crier dans le micro, et vous obtenez le disque le plus abouti des marginaux américains.

Road to ruin est le plus parfait équilibre entre les ambitions commerciales du quartet , et sa rage juvénile, leur sergent pepper en quelque sorte. Mais, malheureusement, le succès ne sera toujours pas au rendez-vous, obligeant le groupe à poursuivre le rythme infernal de ses tournées.

Lassé de cette cadence, Tommy Ramones jette l’éponge à la fin des sessions d’enregistrement. Pour le remplacer, les ramones recrutent Marc Bells , qui est surtout connu pour avoir participé à l’enregistrement de blank generation des vodoids.

Une page se tourne, mais la prochaine n’est pas moins passionnante.

End of the century

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Parler de End of the century , c’est rejouer l’éternel combat entre les pros et les antis Spectors. Si son Wall of sound a inspiré Springsteen lors de l’élaboration du lumineux born to run , le boss ne devait sa réussite qu’à un équilibre que le cinglé pop serait bien incapable de reproduire.
                                                                                                                                                       
Ancêtre de la compression, qui transforme toute musique en glaviot informe, sa technique d’enregistrement se résume à une fange sirupeuse qui engloutit même le génie des beatles.  Pourtant, l’incompréhension autour de cet album est autant lié à l’erreur de jugement des rares fans des ramones qu’aux bourdes Spectoriennes.

Avant d’être des punk, les ramones étaient de grands fans des beatles et de la pop de la grande époque . Leurs racines sont là , dans ses refrains innocents et légers qui firent le succès des premiers titres des grands groupes de pop anglaise. C’est d’ailleurs pour cela que Spector choisit de commettre son prochain forfait sur les new yorkais, il avait compris que gabba gabba hey était l’équivalent moderne de « da doo ron ron ». Et, contre toute attente, la sauce va en partie prendre, end of the century s’affirmant comme un des rares disques du producteur qui ne donne pas envie de balancer sa platine par la fenêtre. 

L’enregistrement , lui , fut un enfer , le producteur se conduisant comme un véritable dictateur , usant de tous les moyens pour faire répéter le groupe, jusqu’à trouver la formule collant à ses idées foireuses. Ne se promenant jamais sans son arme, le docteur Jekyll des studios va jusqu’à pointer son pétard sur Dee Dee, pour l’obliger à recommencer ses parties de basse.

A la fin, l’expérience ne laissera de bons souvenirs à personne, et donnera naissance à un disque étonnant sans être brillant. Même si la rencontre entre le wall of sound et le wall of noise produit son lot de moments d’anthologie.

Les Ramones semblent transportés au milieu des sixties , l’annonce ouvrant l’album semble d’ailleurs tout droit sortie d’un vieux transistor. Voilà donc nos ramones balançant leurs refrains punks dans un décor vintage, Joey chantant « it’s the end of the seventies , it’s the end of the century » au milieu d’une production grandiloquente que n’aurait pas renié les groupes les plus raffinés.

Cette première partie n’est pas une compromission, c’est une révélation, les ramones renaissent grâce à ce son ample et plein d’écho qui fit le bonheur de John Lennon. Les premiers titres sont des réussites, les ramones se contentant de poursuivre les progrès effectués sur road to ruin, pendant que Spector ne fait qu’en souligner la simplicité pop. Classique du groupe de Dee Dee Ramone , Chinese rock montre un Spector qui a enfin compris qu’il n’était qu’un humble artisan chargé de mettre en valeur ses nouveaux protégés.

Et puis l’égo de l’escroc Spector reprend le dessus, et l’incite à répéter sur « baby i love you » le crime qu’il avait déjà commis sur « the long and winding road », les violons effectuant un travail de sape écœurant.

Le reste de la seconde face est du même niveau, montrant ainsi que le mur du son et le mur du bruit ne cohabitent pas, ils se succèdent. Spector s’est réservé la seconde face, détruisant ainsi tout ce que le groupe avait réussi sur la première , et si les ramones parviennent à reprendre la main sur « rock n roll higt school », c’est sans doute grâce à une négligence de ce terroriste du son.

Au final , on obtient une demie réussite , un disque frustrant et massacré par le plus grand tartuffe de l’histoire du rock.


Pleasant dreams

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D’une certaine façon, Spector a tenu ses promesses avec end of the century. Sans doute boosté par la réputation surfaite du producteur, le disque devient vite le plus vendu du groupe. Les chiffres restent toutefois modestes, et couvrent à peine les frais d’enregistrement. Mais surtout, les fans de la première heure voient d’un mauvais œil cette main tendue au grand public, et sa participation à un ridicule film de série B.

Pendant ce temps, le punk commence déjà à s’essouffler. Avec Sandinista , les clash ont signé leur arrêt de mort , en produisant un triple album cacophonique et inécoutable en une fois. Vulgairement appelé new wave , les restes du punk survivent difficilement à travers les quelques pépites d’Elvis Costello et des Jam, pendant que blondie , Patti Smith , et les stranglers se noient dans les méandres de la pop synthétique.

Pleasant dreams sort donc au milieu de ce vide, et obtiendra le même mépris que ses prédécesseurs. Pour les fans , Spector a tué les ramones , et la production très pop de pleasant dreams ne fait que confirmer leur sentiment. L’homme était pourtant une étape logique dans le parcours d’un groupe qui n’a cessé de s’affiner, mais les ramones resteront toujours prisonnier de l’image de gentils sauvages qu’on leur a collé.
                                                               
Si il durcit le ton , la critique fustige sa violence primaire , alors que toute touche pop est vue comme une trahison par les fans, laissant le groupe coincé entre le marteau et l’enclume. Pleasant dreams est pourtant un bouillonant manifeste pop punk , we want the airwave s’affirmant comme le nouvel hymne rageur d’un groupe qui s’est toujours vu comme le sauveur du rock. Et d’hymnes , ce disque n’en manque pas. The KKK took my baby away botte le cul de la pop , pendant que le groupe pose des bases que les punk rockers ne feront que copier sur «  sitting in my room » , « this business is killing me » , et autres perles juvéniles.    

Au final , si les ramones ont sans doute accentué leur coté pop, pour échapper à la déchéance de la vague punk , ils sont les seuls à le faire en gardant une telle énergie. Non, Spector n’a pas tué les ramones , le groupe a juste digéré ses enseignements, pour les soumettre à grands coups d’hymnes punk rock .  

    

    

mercredi 20 novembre 2019

SCORPIONS : In Trance (1975)

Formation

Klaus Meine : chant
Rudolf Schenker : guitare
Uli Roth : guitare, chant
Francis Bucholtz : basse
Rudy Lenners : batterie




On peut dire que Scorpions revient de loin ; après l'échec de leur premier album « Lonesome crow » (plutôt dans un genre rock psychédélique mais loin d'être une réussite, un album atypique dans la carrière du groupe) Scorpions explose et seuls restent Klaus Meine et Rudolf Schenker ; coup de chance ils proposent à Uli Roth(grand fan de Hendrix devant l'éternel) et d'autres musiciens d'un autre obscur groupe allemand Down Road de se joindre à eux et c'est reparti...pour la carrière qu'on connait.

Avec sa nouvelle formation Scorpions amorce sa métamporphose d'un rock planant/psychédélique vers un rock hendrixien mélé de ballades et de hard rock 70's.
Et en effet après des années de galère la formation peut enfin se stabiliser : le brillant Michael Schenker est parti chez UFO mais il a été remplacé par un autre brillant guitariste (dans un style différent) Uli Roth et Scorpions peut dès lors vraiment dès lors prendre son envol définitif. D'ailleurs dans les années 70 le parallèle qu'on peut faire entre les carrières de Scorpions et de UFO est assez étonnant.
« In trance » est le troisième album de Scorpions (et premier produit par Dieter Dierks leur producteur fétiche) qui augmente le niveau disque après disque, et là on gravit encore une grande marche par rapport à « Fly to the rainbow » déjà plein de promesses mais avec encore pas mal de défauts.
Pour moi avec « In Trance » c'est le début de la grande époque de Scorpions, l'âge d'or créatif du groupe (1975-1980).


Je le place dans le top 4 du groupe avec « Virgin Killer », « Blackout » et « Lovedrive «  même s'il est avant tout un disque de transition entre le début planant et psychédélique de Scorpions (hendrixien) et les albums plus hard à venir (« Virgin killer » et « Taken by force »).
« In trance » est très diversifié, avec de très bons morceaux, quelques classiques du Scorpions 70's « Dark lady », « In trance », « Robot man ». Le duo R.Schenker / U.Roth fonctionne bien.
Ce dernier montre qu'il est un grand guitariste (mais un piètre chanteur, heureusement il ne chante que sur deux titres ; sur « Dark Lady » passe encore mais sur « Sun in my hand » c'est horrible).


On trouve déjà des balades de qualité « Life's like a river » (magnifique) , « Living and dying » (sublime) et « Evening wind ». Oubliez les slows sirupeux des années 80 et écouter les ballades de « In Trance » largement supérieures.
Trois perles auxquelles on peut rajouter « In trance » (le morceau), quatrième titre cool, mi ballade mi morceau hard.
« Top of the bill » me plaît moins avec une guitare qui vous électrifie mais où malheureusement Meine force trop sa voix.
Pour le reste il montre qu'il est l'un des plus grands chanteurs du hard toute période confondue.


Sur cet album le groupe digère relativement bien ses sources d'inspiration : hard rock classique, rock planant et influences hendrixiennes, sans oublier évidemment les ballades . Une alchimie déjà bien en place.
Hormis « Robot man » on constate que c'est sur les titres cool que le groupe est le plus à l'aise même si « Dark lady » qui ouvre l'album est plutôt intéressant.
On finit par un instrumental correct sans plus « Nights lights »
Du très bon mais aussi un peu moins bon, un album plein de qualités mais un peu trop inégal. Dommage mais la balance est néanmoins largement positive.


dimanche 17 novembre 2019

The Ramones : Gabba Gabba Hey : épisode 1


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Attention, cet article est un plaidoyer à la gloire de la simplicité, une tomate envoyée à la figure de ceux qui oublièrent que le rock est avant tout un cri primaire. En un mot comme en mille, c’est un manifeste pour réhabiliter la foisonnante discographie d’un groupe qui fit tant, avec seulement 3 accords. Sur ce, lançons notre cri de guerre et entrons dans la légende : Gabba Gabba Hey !

La jeunesse des ramones semble tirée d’une chanson de Lou Reed , avec ses dealers attendant leurs dûs aux coins des rues , et ses couples dysfonctionnels créant leurs propres purgatoires. Johnny et Dee Dee venaient de ses bas-fonds new yorkais , et Dee Dee a connu la « fièvre blanche » dès ses quinze ans , afin d’oublier les délires d’une mère déséquilibrée et d’un père alcoolique.  Johnny n’est pas issu d’un milieu plus reluisant, et copiera vite le tempérament autoritaire d’un père qui n’hésite pas lui demandé « alors j’ai élevé une fiotte ? » à la moindre de ses défaillances.

Cet environnement particulièrement dur va forger le caractère agressif de Johnny, qui trouve vite en Dee Dee un compagnon de misère. Avec sa coupe au bol et son air paumé, Dee Dee ressemble à un fan des beatles perdu dans un roman de Burrough , alors que Johnny développe une rage qui force naturellement le respect.

Ce parcours erratique, les amènes à croiser la route de Tommy et Joey, comme si leur air paumé les avaient prédestiné à créer un groupe. Fondateur du gang , Tommy dira lui-même que personne n’aurait parié un kopec sur cette bande de marginaux , qui joue en public avant même de maitriser leur instrument.

Après plusieurs tâtonnements, les rôles se définissent, Dee Dee découvre « qu’il y’a un do sur cette putain de basse » , et Joey s’affirme comme le digne frontman de ce gang de marginaux. Ayant frôlé l’hôpital psychiatrique, après qu’on lui eut diagnostiqué une « schizophrénie paranoïaque, il se nourrira de cette expérience pour chanter les classiques délirants qui jalonneront l’histoire du groupe.

Le rock est la seule bouée de sauvetage des Ramones , le seul milieu susceptible de leur donner une place, et ils s’y jettent comme si leur vie en dépendaient . D’abord tiraillé entre un chanteur et un bassiste obnubilés par les beatles , et un guitariste vénérant la violence led zepplinienne , tout ce petit monde se met d’accord en découvrant le premier album des New York Dolls.

Véritable chainon manquant entre la simplicité des premiers beatles et la violence crue de led zepp, le groupe de Johnny Thunder montre la voie d’une agressivité sonore libérée de toutes préoccupations musicales.   
                                                                                                                               
Tout le monde peut le faire ! Voilà le message des Dolls , message que les ramones vont propager à un rythme infernal. D’abord catastrophique, leurs concerts prennent progressivement la forme de bombardements libérateurs , où les faux frères New Yorkais prennent à peine le temps de s’arrêter entre les titres.
                                      
Johnny résumera cette philosophie de manière un peu pompeuse en affirmant «  le rock se mourrait et nous voulions le sauver ». C’est que le rock commençait à sérieusement se regarder le nombril, se prenant lamentablement au sérieux à travers ses instrumentaux interminables , ses solos vertigineux , et ses concepts élitistes. Quand Dee Dee hurle « one , two, tree, four » , c’est plus pour annoncer une nouvelle salve contre cet académisme d’opérette, que pour fixer la mesure de titres souvent calqués sur la même cadence.   

Le groupe devient rapidement la coqueluche du CBGB ,un  club bluegrass sur le déclin, qui se refait une santé en devenant le haut lieu de l’underground Américain. Entre ses murs , les Iggy Pop , blondie , Patti Smith et la crème du nihilisme rock écrit les premières pages de sa légende. C’est aussi là que, subjugué par l’énergie des faux frères ramonseques , Mclaren trouve le dernier élément de son plan de conquête des charts : il se nommera sex pistols.

On retiendra aussi cette phrase lancée par Joey à Joe Strummer « Nous sommes nuls. Si tu attends d’être bon pour former un groupe, tu seras trop vieux quand ça arrivera ». En 1976, Danny Fields, l’homme qui découvrit le MC5 et les stooges , invite ces « nuls » à enregistrer leur premier album.
La cartoo… Euh la légende peut commencer.

Ramones

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Premier journaliste français ayant chroniqué ce disque , Philippe Manœuvre réussit au moins à résumer l’incompréhension , voire le mépris , dont le groupe sera victime tout au long de sa carrière .
« On avait besoin de nouveaux stooges , pas de mecs avec des T shirts mickeys » déclare t’il quelques années plus tard.

Les ramones ne faisaient pourtant que perpétuer le message du groupe d’Iggy Pop , en le radicalisant. « search and destroy » et « blitzkrieg bop » sont fait du même bois , ils rendent aux gamins une musique confisquée par les expérimentations prétentieuses des dinosaures de stades.

Fini les solos à rallonge , les instrumentaux se perdant dans des délires alambiqués , ce premier album se résume à quinze parpaings pop ne dépassant jamais les 3 minutes. Trois accords , trois phrases , trois minutes , voilà la sainte trinité promue par les ramones , et servit par une production ultra minimaliste.

« Now I wanna sniff some glue » donnera son nom au magazine emblématique de la scène punk , qui passera une bonne partie de son existence à défendre vaillamment la verve ramonesque. Récités comme des mantras , les refrains entétants de « 53 rd » , « blitzkrieg bop » , et autres « sheena is a punk » viennent nettoyer le rock de la boue complaisante dans laquelle il s’était englué.

Mal vendu , descendu par la critique , « ramones » deviendra tout de même le disque underground le plus influent depuis le premier velvet.


Leave Home

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« Résumons nous : Les ramones représentent une partie infime de cette énergie que les stooges ont canalisé au péril de leurs vies, avec une maestra bien connue. »
Non , Monsieur Manœuvre , les ramones n’étaient pas un simple coup tenté par un manager aux dents longues.

Leur nihilisme,  les ramones le font survivre grâce au rythme infernal de leurs tournées comme les stooges avant eux. Là , leurs riffs deviennent moins mécaniques , les mélodies plus fluides, mais la simplicité reste. Le message est le même , « carbonna not glue » s’incrivant dans le même sillon décadent que sniff some glue, dans une série qui ressemble à une version minimaliste d’heroin.

La seule différence majeure entre ce disque et le précèdent, c’est que Johnny Ramones n’a plus l’air de tenir une guitare pour la première fois de sa vie. Plus carré , les refrain s’imposent comme une version sous speed de la pop sixties, « now i wanna be a god boy » bénéficiant d’un refrain taillé pour devenir aussi culte que « all you need is love », avant que les chœurs ne fassent leurs  apparitions sur swallow my pride. Avec les bruitages pop de beach boys de cartoon , ils montrent le besoin de reconnaissance d’un groupe qui commence à draguer le grand public.