samedi 22 février 2020

Bob dylan's dream : partie 3


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A partir de là, les évènements s’enchaînèrent à une vitesse folle. « The freewhelin Bob Dylan » fut enregistré au studio A de Columbia, et réussit à conquérir les foules avec une folk authentique mais plus lisse. Le fossé qui sépare ce disque du précèdent est déjà énorme. Dylan a abandonné les reprises appliquées, pour développer sa propre voie, qui était aussi celle de sa génération.

Le succès du disque lui permettait de quitter les hootenanies , ces réunions de folk singer habités par la pureté de leur art , pour débarquer au festival de Newport. Kennedy était encore à la maison blanche, et son mandat nourrissait les rêves d’une jeunesse qui voulait croire aux lendemains qui chantent.

Derrière l’ascension du grand Bob, il y’avait Joan Baez, qui était déjà au sommet de sa gloire lyrique. C’est avec elle qu’il offrit au spectateur le plus beau moment de ce festival :

« A bullet in the back of a bust took Medgar’s Ever blood
A fire fired the trigger to his name
A handle hid out in the dark
A hand set the spark
Two eyes took the aim
Behind a man’s brain
But he can’t be blame
He’s only a pawn in their game »

Dylan ne le sait pas encore, mais ces mots prendront une dimension prophétique, quand l’espoir au pouvoir sera foudroyé d’une balle dans la tête.

« Seulement un pion dans leur jeu », tout le monde comprit la leçon dispensée ce soir-là. Si, comme le disent ses vers, chacun peut avoir participé à la construction d’un criminel, alors le crime ne peut être qu’une œuvre collective. C’est le sens de ce festival de Newport, et de ses petits frères Woodstock, isle de Wight , et glastonburry, exorciser cette violence que la société nourrit inconsciemment.  

Ce moment va aussi conditionner la perception qu’on aura de Dylan pendant les années à venir, perception que l’intéressé rejettera toujours. Le costume de guide d’une génération ne convenait pas à son caractère farouchement indépendant. D’ailleurs, alors qu’une partie de sa génération commence à le déifier, Dylan a déjà la tête ailleurs.    

En 1964 , des Beatles au sommet de leur gloire rencontrent le barde de New York. Si les ventes de Bob Dylan restaient modestes par rapport à ses amis anglais, sa réputation avait tout de même traversé l’atlantique.

Venu conquérir le pays de l’oncle Sam, le groupe de John Lennon déclencha une hystérie qui le dégoûta de la scène. Dans sa chambre d’hôtel, Dylan offrit aux quatre de Liverpool leurs premiers joints, pendant que Lennon passait ses disques de Buddy Holly.

Pour les Beatles , la révélation se trouve dans les délires provoqués par la fumette , délires qui furent la première influence qui mènera à l’enregistrement de sergent pepper. Dylan, lui, était scotché aux mélodies déversées par l’électrophone. Sa nouvelle voie venait de lui être révélée, il fera du rock.

Mais comment évoluer vers cette musique plus directe sans se renier totalement ?
                                                                                                                 
Les puristes du folk ne l’effrayaient pas , sa décision était prise, mais il cherchait son propre swing. Et c’est un de ses descendants qui lui montrera la voie.
Les Byrds s’étaient formés après avoir vu le film « a hard day night » des beatles, et enregistraient leur premiers titres dans les mêmes studios que Dylan. Passant devant leur salle d’enregistrement, le Zimm reconnut « Mr Tambourine man », ce folk  nourri par le surréalisme de Dylan Thomas , qu’il chantait à chaque concert. 

«  Hey Mr Tambourine play a song for me
I’m not sleepy and there is no place I’m going to
Hey Mr tambourine play a song for me
In the Jingle jangle morning I’me come followin you »

Ces mots étaient entrés dans la légende, et trouvaient désormais un accompagnement aussi fort que leurs glorieuses visions. Les Byrds lui firent l’effet d’alchimistes fascinants, inventant un nouveau culte en mélangeant sa prose à la beauté électrique venue de Liverpool. 

Cette découverte l’enthousiasma tant qu’il courut enregistrer sa propre version électrique. Bouclé en urgence, « brin git all back home » sortit en 1965, quelques jours avant le single des Byrds. Ralenti par une série de déboire avec Columbia, le groupe de David Crosby s’était fait doubler par son idole.

Dans le milieu très conservateur du folk, on s’offusqua de voir que Dylan avait vendu son âme à la fée électricité. Ce que Dylan « ramenait à la maison », c’est le son vulgaire et bruyant du rock commercial anglais.

Les puristes voyaient le folk comme un archipel accessible uniquement aux initiés, et voilà que leur principal porte-parole vendait les clefs du temple. Et ce n’est pas ce film, où il apparait en compagnie de Ginsberg, ni la beauté foudroyante  de vers dignes de « howl » , qui allait apaiser ces illuminés.

La même année, il s’était rapproché de Mike Bloomfield, qui vint illuminer sa poésie à grands coups de riffs bluesy. Plus grand guitariste de son époque, Bloomfield montrait ainsi la voie du folk rock, après avoir initié le rock psychédélique sur « east west » , le second album du blues band de Paul Butterfield.

Drapé dans le groove hargneux de son nouveau guitariste, Dylan pouvait cracher à la figure de ses détracteurs avec classe. « higway 61 » représentait le sommet de ce mélange de rock et de poésie qui fait désormais sa gloire, c’est un road trip musical, « sur la route » version rock. Au milieu de ce voyage, ses mots étaient lancés comme des obus venant abattre les murs du conservatisme :
                        
« You walk into the room
With your pencil in your hand
You see somebody naked and you say Who’s that man
You try so hard
But you don’t understand
Just what you’ll say
When you get home
Because there is somethin happenin here
But you don’t know what it is
Do you , Mister Jones »

Mister Jones désignait tout ceux qui, consciemment ou par bêtise, restaient en gare alors que le train du progrès poursuivait son ascension glorieuse. Lointain écho de « the time they are changin » , ballad of a thin man était un blues électrique d’une puissance remarquable. Ce qui constituait un autre affront fait aux ayatollahs du folk.  
Les concerts suivants furent de véritables combats, où Dylan et son groupe accentuaient la violence de leur rock, pour imposer la révolution en marche. Menacé de mort, traité de judas sur scène , Dylan transforme cette tension en énergie créatrice.

«  They stone you when you’re tryin to be so good
They stone you ya juste like they say they would
They’ll stone you when you try to go home
Then they’ll stone you when you’re all alone
But I would not feel so all alone
Everebody must get stone »

Jeu de mot entre le terme lapider et le fait d’être défoncé, ce titre, ouvrant ce qui restera son chef d’œuvre ultime, annonce la hargne d’un homme qui sait qu’il vient de gagner son combat. Blonde on blonde sortit en 1966, et ces vers montrent un homme passé de la colère au mépris.

Il sait que ce disque, plus qu’aucun autre, fera date, c’est un monument nourri par l’incompréhension qui l’entourait, une œuvre dépassant les codes du rock pour créer une véritable poésie musicale.  Derrière lui, le band est venu donner plus de consistance à ses rêves provocateurs. Un groupe formidable venait de naitre, et pourtant il vivait déjà ses dernières heures.
   

jeudi 20 février 2020

Bob Dylan's dream : Episode 2

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Dylan est donc arrivé au studio Columbia, où John Hammond l’observe avec attention. Il faut dire que, en plus de Carolyn Hester, un cador du label est venu lui chanter les louanges du « gamin venu du Minnesota ».

Ce jour-là, Johnny Cash trainait par hasard au Gaslight , et découvrit pour la première fois celui dont la notoriété ne faisait que croître à New York. Le début du concert était un peu bizarre. Le jeune homme amusait le public en maudissant une guitare, qu’il accordait avec difficultés. Sur ses reprises de folk/ blues, il se dandinait comme un pantin burlesque.

Mais Dylan avait cette voix , si mature pour un jeune homme de son âge, et dont le phrasé si juste fut éblouissant quand il attaqua « in my time of dyin »

« In my time of dyin
Don’t want somebody to moan
All I want for you to do
Is take my body home
Well , well , well , so I can die easy »

Ce gosse avait à peine l’âge de quitter les jupons de sa mère, et pourtant il chantait ce blues mieux que la plupart des braillards pathétiques qui tentaient de se faire une place au soleil. C’est après cette soirée que Cash s’empressa de contacter John Hammond.

« Il y’a un petit gars en ville qui se débrouille pas trop mal. Tu devrais le signer avant qu’un autre ne le fasse. Il s’appelle Bob Dylan. »

Hammond n’eut pas le temps de répondre, son interlocuteur avait déjà raccroché. Il n’avait pas besoin d’en dire plus, que Cash se dérange à cette heure pour lui parler de Dylan en disait déjà long sur le potentiel du garçon. Aujourd’hui, Carolyn Hester lui apportait ce petit prodige sur un plateau, et Hammond pouvait ressentir son charisme.

Après lui avoir demandé de jouer un titre, qui s’avéra être celui que Johnny Cash avait entendu la veille, John Hammond lui proposa rapidement un contrat d’enregistrement. Le premier album qui en découla fut enregistré rapidement, et était surtout composé de reprises. Il constituait un manifeste puriste, le point de départ d’un artiste qui revendique ses racines avant de les dépasser.

Le disque ne se vendra pas bien, il était bien trop traditionnel pour ça. Sa force ne se trouvait pas dans la beauté de mélodies alambiquées, mais dans ce phrasé, à mi-chemin entre ses ancêtres folk et les rêveurs de la beat generation.

A une époque où Londres réinventait la pop, ces chansons acoustiques faisaient fuir une jeunesse plus tournée vers l’avant garde. Rapidement surnommé l’aberration Hammond, ce bide fit de Hammond la risée du music business, qui pensait que l’homme avait fait son temps.

Aussi limité fut-il, le public folk qui acheta le premier disque de Dylan lui offrit une sécurité financière qu’il n’avait jamais connu. Le chanteur en profitait pour soigner son apparence, passant des heures dans les boutiques, pour trouver le look le plus « authentique ». Il n’était pas qu’un opportuniste, même si il savait que le folk était le tremplin qu’il cherchait, pour imposer son image au côté des grands poètes qu’il vénérait.

Sa petite notoriété lui permis aussi d’être suivie par un homme en costard , qui cherchait désespérément à entrer en contact avec lui. A cette époque, Dylan commençait seulement à bouleverser les codes du folk, ses textes faisant preuve d’une profondeur inédite.
Grossman cherchait un artiste capable de produire une « folk grand public », une musique aussi attirante que la pop , mais dotée de cette authenticité qui fait les œuvres intemporelles. Dévoilé ce soir-là , « a hard rain is gonna fall » montrait un artiste sensible aux angoisses de son temps, et les exprimant avec une sensibilité poétique inédite. 

«  Oh were have you been, My blue eyes son ?
Where have you been my darling young one ?
I’ve walked and I’ve crawled on six crooked highway
I’ve been out in front of a dozen death ocean
I’ve been ten thousand miles in the mouth of a graveyard
And it’s a hard , It’s a hard , It’s a hard
It’s a hard rain gonna fall »

Lorsqu’il chantait ces mots , Dylan avait l’aura fascinante d’un messager de l’apocalypse. Quelques jours auparavant, Fidel Castro avait accepté que les russes installent leurs missiles sur les côtes Cubaines, à quelques encablures de son « ennemi impérialiste ». 

Heureusement, les russes n’étaient pas encore prêts à lancer une troisième guerre mondiale, et la crise prit fin après les menaces de Kennedy. Mais tous étaient désormais conscients que les deux supers puissances avaient les nerfs à vif, et qu’il suffirait de pas grand-chose pour que l’une d’elle appuie sur le bouton atomique.

Quand il réussit enfin à approcher Dylan , Grossman ne met pas longtemps à devenir son manager.


mercredi 19 février 2020

Bob Dylan' dream : épisode 1

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Encore un groupe qui le largue, Robert Zimmerman commence vraiment à sentir le poids glacial du désespoir.  
Au début, il crut que ces abandons étaient dus à son allure hésitante, sa personnalité austère, et son amour de la littérature. Il n’avait ni la stature, ni le charisme animal qu’on colle généralement aux rock stars , et passait autant de temps à écrire des poèmes qu’à jouer de la guitare. Mais le problème était bien plus simple et, à chaque fois, un de ces gosses de riches venait lui piquer une formation qu’il s’était épuisé à réunir.

Les prétendants avaient des relations, leurs parents jouissaient du pouvoir corrupteur de l’argent, et les musiciens ne sont pas plus vertueux que la plupart des hommes. Les parents de Robert, eux, étaient tombés dans la précarité depuis que son père avait perdu son emploi. Les supérieurs se sont alors empressés de le virer. L’homme était diminué, et le grand capital n’est pas là pour faire la charité. Ayant rejoint la classe modeste du Minnesota, les parents de Robert toléraient ses rêves de gloire, tant que ses résultats scolaires restaient assez élevés pour accéder à l’université. Lieu où il pourrait se tourner vers des activités plus constructives.

Mais Robert sait que, si il s’est inscrit dans quelques cours, ce n’est que pour profiter encore un peu de cet instant de liberté, qui précède l’entrée de l’adolescent dans le monde terne des responsabilités.  Il avait ensuite découvert «  sur la route » , et sa vision de son avenir s’en était trouvé renforcée. Il ne sera jamais un salarié, partagé entre un boulot souvent abrutissant et une vie de famille bien réglée.

«  Quelque part sur le chemin je savais qu’il y’aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare. »

Ces mots de Kerouac raisonnèrent comme une directive céleste, et le gosse du Minnesota partit conquérir le succès, armé de sa machine à écrire et d’une guitare acoustique.  Il en était encore à chanter le blues , lorsqu’une discussion de bar lui montra la voie. 

« Tu ne connais pas Guthrie ! Il faut te mettre à la page mec, les grandes heures du blues son derrière lui. » Amusé par ce poète paumé chantant le blues , Allen lui offrit l’hospitalité. Avec son look de clochard cultivé, et sa barbe à la Ginsberg, il donnait confiance à un Robert de nature méfiante.

Le logement n’était ni particulièrement vétuste ni vraiment confortable, il faisait partie de ces bouts d’immeubles dans lesquels s’entassent les enfants de la classe laborieuse. La chambre contenait surtout une platine disque, sur laquelle Allen posa délicatement un 33 tours de Woodie Guthrie.

Pour le jeune Robert, ce fut une révélation, les mots résonnaient comme des vérités universelles, et la guitare exprimait autant en trois accords que Dylan Thomas en dix vers. 

« Dès le premier secret du cœur,
L’asservissement de l’âme,
Jusqu’au premier étonnement de la chair
Le soleil était rouge , la lune était grise ,
La terre était comme deux monts se touchant »

Dylan Thomas parlait sans doute d’amour, c’est pourtant ces quelques vers qui vinrent à l’esprit de Robert pour qualifier son coup de foudre artistique. C’est ainsi que Robert Zimmerman devint Bob Dylan, et que la folk remplaça le blues comme bande son de son parcours initiatique. 

Ayant appris que Guthrie était interné dans un hôpital psychiatrique , suite aux affres de la chorée de Huntington, Dylan pris de nouveau la route pour rejoindre celui à qui il doit sa vocation. Le parcours lui donna vraiment l’impression d’être Jack Cassady parcourant les plaines américaines, pour trouver sa voie.

Quand il arriva enfin à la porte de la chambre où se reposait son modèle, la femme de Woody lui ferma d’abord la porte au nez. Elle finit tout de même par céder, après que Dylan ait passé plusieurs heures à jouer les chansons de son mari sur le palier, pour montrer sa dévotion.

La rencontre entre ce jeune homme au visage enfantin et le vieux militant folk eut des airs de passage de témoin. Bob chantait l’utopie libertaire que son héros ne pouvait plus propager, et les deux hommes étaient liés par la complicité de ceux qui se savent voués à la même cause.

La rencontre dura quelques jours et, adoubé par celui qui brandissait sa guitare comme « une arme tuant les fascistes », Dylan se mit en quête d’une maison de disque.  Ses vagabondages le menèrent au Galisght, haut lieu de la culture folk, où se rencontraient tous les troubadours en quête de reconnaissance.

La salle était souterraine, et avait le charme froid des caves à brigands, que l’on voit parfois dans les films de capes et d’épées. Bob se dirigea immédiatement vers le taulier, qui le regardait d’un œil sévère, un regard qui aurait fait douter les voyageurs les plus avertis.  Mais il était lui-même trop froid pour s’inquiéter de cette posture peu accueillante.

«  Je m’appelle Bob Dylan et je cherche une scène où jouer »

L’homme se mit à rire avant de lâcher d’une voie rugueuse :

« On ne demande pas une place sur scène on la prend ! Monte donc , et si le public ne te vire pas tu pourras revenir demain. »

Alors Dylan montât sur scène, l’air un peu gauche et gêné, et se mit à déclamer les premiers vers de « blowin in the wind » en gratouillant une mélodie séduisante. Tout le public fut immédiatement conquis, et particulièrement Carolin Hester , une jeune chanteuse folk en pleine ascension , qui le recrute pour jouer sur l’album qu’elle enregistre au studio columbia.


                                                                                                                                            

jeudi 13 février 2020

Warren Hayne : Live at moody theater


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Le passé est un boulet, qui finira par entrainer ce bon vieux rock n roll dans le fossé. C’est un culte morbide qui empêche de voir la beauté quand elle dévoile ses mélodies sensuelles. Cette musique, messieurs, est progressiste, comme tous les groupes de rock devraient l’être.

Je ne parle pas ici du progressisme mondain des critiques rock embourgeoisés, qui achètent leurs vinyles numériques à la fnac. Non, ceux-là voudraient une révolution à la mai 68. Une jacquerie musicale balayant tout sur son passage. Ils voient la musique comme une série d’explosions, un serpent qui se mord la queue, et pensent qu’aujourd’hui le reptile c’est suicidé.

Il ne parlèrent du king que pour saluer sa mort, le rocker devant selon eux passer de la gloire au trépas, sans rien laisser derrière lui. Et bien non, le rock ce n’est pas cela, c’est une culture qui s’est érigé par étapes, le passé nourrissant les exploits futurs. Réadapter le blues, voilà la seule chose que firent les rockers, et ce peu importe leur proximité avec la source originelle.

Alors , maintenant que la chaine est cassée , que le monument s’est tellement éloigné du socle qu’il semble branlant, le blues revient sur le devant de la scène. Je ne suis pas en train de dire que le hard rock, le psyché, le prog , n’ont servi à rien , au contraire. Ils ont mené à une impasse, nourris de classiques en apparence indépassables, et qui ont engendrés une sève plus pure.  

Régulièrement, certains ont vu le cul de sac venir, et donnèrent naissance au nihilisme punk , au purisme cartoonesque de ZZ top , ou à la pop de prolos de creedence. 3 minutes , quelques riffs , et un retour à la simplicité de Cochran ou Muddy Water. Chassez le rock n roll et il revient flirter avec le blues.

Aujourd’hui plus qu’hier, ce virage est éclatant. Gary Clark Jr a gagné un grammy , et Bonamassa , Joanne Shaw Taylord et Keannie Wayne Shepperd se bousculent pour lui ravir sa couronne. Warren Hayne lui, est encore au-dessus de tout ça, c’est un monument historique.

Avec gov’t Mule , il a participé à la dernière charge glorieuse des sudistes, et l’a un peu prolongé quand les black crowes ont commencé à lâcher la rampe,  en 1996. Le problème, c’est que cet homme révélé par les frères allman était bien trop fin pour se laisser enfermer dans un genre.

Alors , au déces d’Allen Woody , la mule est devenue son jouet , qu’il emportait dans des expérimentations plus jazz. A ce titre , « sco mule » renoue avec une somptuosité cool qu’on croyait morte depuis la fin du mashavishnu orchestra. Par la suite , la mule a navigué sur les chemins tortueux du reggae , et des autres fétiches musicaux de son leader. 

Les ingrédients étaient là, épars, et ils donnèrent leurs premiers savoureux fruits sur son premier disque solo « tales of ordinnary madness ». L’enfant est le père de l’homme, et chaque musicien reste toujours ce gosse écoutant religieusement ses disques de rythm n blues , et de soul.

C’est en tous cas cet enfant qui a influencé man in motion, disque foisonnant et gracieux, que Hayne vient promouvoir sur la scène du Moody theater.  Les cuivres reprennent une place qu’ils n’ont plus eu depuis les belles heures de Sly et sa famille stone, groupe dont «  take a bullet » ressuscite les cuivres dansant autours de solos sensuels.

Sur les ballades comme « sick of my shadow » , ces cuivres soulignent la mélodie , créent un spleen somptueux de vieux baroudeur mystique. Le rythm n blues est à la fête, et copule joyeusement avec ses glorieux contemporains soul et funk. Warren Hayne a ça dans le sang , c’est un Johnny Cash qui aurait troqué son country blues pour un rythm n blues d’une richesse impressionnante.

Contrairement à la plupart de ses contemporains, il ne cherche pas à prendre toute la place, sa guitare est très présente sans être bavarde. Ne s’étiolant pas dans des solos superflues, son phrasé ponctue, sublime, et fait décoller une instrumentation d’une finesse rare.

Hayne est de la vieille école, celle qui voyait la guitare comme un instrument au service d’un groove qui la dépasse, et pas comme le monument autour duquel tout doit tourner. Si il reprend Hendrix sur un « soulshine » tout en finesse , ce n’est que pour saluer cette force mystique qui lui inspira ses débuts en trio.

Hayne fait partie d’une race de musiciens en voie d’extinction, celle qui savait que la beauté de leur jeu dépendait autant des notes qu’ils jouaient que des silences qu’ils entretenaient. A ce titre, « live at moody theatre » mérite bien sa place à coté de «  get yer ya ya’s out » des stones, « live at regal » de BB Kings , et autres monuments vénérés.

Cette bonne vieille tradition vient encore de se réinventer pour un nouveau public.      

mercredi 12 février 2020

SPECIALS : premier album (1979)

FORMATION:
Jerry Hall : chant
Neville Staple : chant
Jerry Dammers : claviers
Lynval Golding : guitare
Roddy Radiation : guitare
Horace Pante : basse
John Bradbury : batterie
plus Rico Rodriguez et Dick Cuthell : cuivres



Grande Bretagne, 1977, le pays est au bord de l’implosion : émeutes raciales, grèves ouvrières, violences policières et bien sûr mouvement punk et jeunesse révoltée.
Et voici en 1979, en prolongement de ce contexte explosif, la vague ska, la vague noire et blanche, qui partie de Jamaïque dans les années 60 et dont le reggae est, pour simplifier, un cousin ; le ska donc, plus rapide, déboule en Angleterre et plus précisément à Coventry, autour du label 2 tone records, fondé par Jerry Dammers clavier des Specials. Le ska est dans la place et va se faire mondialement connaître alors que le punk commence à s’essouffler.
Bon je dois d'abord avouer je ne suis pas un spécialiste du ska même si je connais pas mal de groupes et pas mal d'albums.
Specials est donc arrivé lors de la déferlante ska qui a secoué le monde en partant d’Angleterre à la fin des années 1970 avec Madness, Selecter, The Beat, Bad Manners et beaucoup d’autres mais pour moi les Specials sont définitivement parmi les meilleurs et peut-être même les numéros un dans ce style musical notamment grâce à cet album, un classique du genre (en tout cas assurément un des meilleurs albums de ska toute période confondue), produit par Elvis Costello, personnalité du rock anglais de ces années-là.
Beaucoup de diversité dans ce premier disque à la pochette très mod, musicalement tout est au point, il y a les "tubes" qu’on entendait à la radio, y compris en France, en 1979/1980 ("Gansgster" et "A Message to you Rudy"), les morceaux qui lorgnent côté punk ("Little Bitch", "Dawning of a new area"), ceux plutôt rock ("Do the dog", "Concrete Jungle") ceux qui sentent bon le reggae ("Too much to Young", "It's up to you"), la petite balade ska "Doesn't make it allright" et même un titre à tendance soul jazzy 60's ("You're wondering now") et à chaque morceau les Specials sont leur l'aise . L'archétype est "Nite Klub" le morceau ska par excellence. A noter enfin la reprise de « Monkey man » de Toots and the Maytals et grand standard de la musique noire jamaïcaine des 60's.
Les cuivres sont utilisés à bon escient (ce qui n'est pas le cas de tous les groupes ska, par exemple je trouve que Madness a une certaine tendance à mettre les cuivres trop en avant) et apportent réellement un plus. Les compositions sont vraiment réussies, avec quelques reprises bien choisies. Aucune faute de goût donc.
Bref un classique du genre, un album de haut niveau et que je conseille à ceux qui veulent découvrir un style musical pas souvent mis à l'honneur, tout est musicalement parfait, rien à jeter et les Specials font en plus preuve d'ouverture d'esprit et proposent un album susceptible de plaire à des personnes à priori hostile à ce genre de musique.

Et on peut même dire qu’un fan de rock peut largement y trouver son compte dans la mesure où le groupe, sur ce disque, est presque plus proche de Clash (période 79/81) que d'un Bob Marley, mélange de punk 77 et de racines « rock steady » jamaïcain, beaucoup moins commercial que Madness mais par contre également plus rugueux que la moyenne des groupes de ska ; voici donc comment on peut présenter The Specials, groupe qui restera dans l’histoire du renouveau "noir et blanc" avec cet album incontournable et définitivement indémodable (et "More specials" le second disque sorti en 1980 est également recommandable).

mardi 11 février 2020

Rock Stories : Le rock sudiste 4


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Le nom ne l’avait pourtant pas emballé, et l’affiche semblait jouer la carte de la nostalgie. De toute façon, la jeunesse des 90’s a déjà les oreilles bouchées, initiée à la merde sirupeuse dès le berceau. Si les genres musicaux, si nombreux dans les 60’s, ont disparu,  c’est à cause de l’abrutissement de ces oreilles innocentes. Voilà pourquoi la proportions de vieux augmentent dans les concerts.

Ultra minoritaire dans les années 70, ils constituent désormais la moitié du public. Ce constat inspira à Clint ces quelques lignes tristes :

«  A ce train-là , la musique de l’éternelle jeunesse risque de devenir un vieux doudou pour quinquas nostalgiques. »

Le constat l’amène à une conclusion qui n’est pas forcément négative. Le rock est devenu une musique exigeante dans un monde superficiel. Pour résumer son dernier livre, Buckowski écrivait : « Ce livre est dédié aux derniers hommes libres , si il en reste ». »Voilà ce qu’est devenu le rock , un moyen d’éviter cette maladie sordide qu’est le conformisme.

Puis les lumières s’éteignent , les projecteurs s’allument , et toute la foule semble avoir le même âge. L’appartenance des black crowes à la famille sudiste ne fut pas reconnue par tous, certains leur reprochant leurs influences trop anglaises. Ce sentiment fut d’ailleurs confirmé par une rumeur annonçant leur participation à une série de concerts de Jimmy Page. La rencontre aura bien lieu , et donnera naissance à un disque anecdotique , où les artistes se contentent de devenir le meilleur tribute band de led zeppelin.

Ce soir-là pourtant, le débat semblait futile, le gospel rock de remedy sonnant comme un lointain echo du lyrisme de Lynyrd. Devenu fervent défenseur du groupe, Clint sera conforté dans son opinion par la sortie de « the last rebel », le disque que lynyrd sortit en 1993, peu de temps après les premiers exploits des black crowes.

« Si « the last rebel » est aussi bon, on le doit à une jeunesse qui a su réveiller son vieux héros fatigué. Ce disque creuse le sillon gospel blues de « The Southern Harmony and Musical Companion » , chef d’œuvre que les black crowes ont sorti il y’a quelques mois. Ajoutez à cela le retour en grâce des Allman brothers , et vous obtenez le nouvel âge d’or d’une musique universelle . Age d’or qui trouve avec « the last rebel » un nouveau marqueur historique. »

En parlant des allman , la nouvelle formation de cette « famille » a mis la lumière sur un homme qui va devenir la nouvelle obsession de Clint.

« Warren Hayne a permis aux Allman de jouer le blues comme ils ne l’ont plus fait depuis la disparition tragique de Duane. Son jeu est un modèle de modestie sur « shade of two word » et « hittin the note » , deux disques aussi vénérables que les vieux succès de leurs modèles.
C’est que le blues se maîtrise au terme d’un parcours ingrat, c’est une énergie qu’on ne développe qu’après avoir subi les affres de la vie.
Voilà pourquoi il y’a plus de souffle dans le jeu de Hayne , que chez n’importe quel jeune loup tel que Bonamassa. » 

Quelques jours plus tard, la performance des allman au beacon theater lui fera écrire :

« Hayne est devenue l’âme des Allman brothers. Celui qui, le temps d’un solo à rallonge, les mène vers des sommets hypnotiques. C’est aussi lui qui se charge de l’atterrissage en douceur, revenant à la simplicité du riff, avec ce phrasé magnifiquement économe. 
On sent pourtant chez cet homme une musicalité, qui ne s’épanouit que partiellement avec le groupe du vieux Gregg. »
Quelques jours plus tard, son rédacteur en chef tend à Clint un vinyle, en lui disant juste qu’il est le plus apte à le chroniquer. C’est surtout que les autres ont jeté l’éponge, plus intéressés par le grunge que par le blues rock graisseux.

Sur la pochette de ce disque offert par son patron, un âne arbore fièrement le drapeau américain. Le nom du groupe, gov’t mule , fait référence à un amendement de Lincoln , qui promettait un bout de terre et un âne à tous les esclaves libérés après la guerre de sécession. En réalité, Johnson reviendra sur cette promesse, et offrira plutôt aux noirs américains leurs propres quartiers de misères, et les joies de l’apartheid. Symbole des promesses non tenues , ce nom fait plus penser à un groupe punk bien démago , qu’a une réunion de solides sudistes.  
                                                                                                                                  
L’écoute du disque donne à Clint une claque qu’il n’a plus ressentie depuis des années :

« Gov’t Mule est au sud ce que taste fut pour le blues , un power trio d’une énergie démentielle , une tornade secouant une culture devenue immobile. On peut regretter que ce bon vieux Warren Hayne masque sa finesse derrière une puissance sonore impressionnante, mais l’homme a compris qu’il fallait que sa musique retrouve une certaine urgence. »

Dose lui inspirera la même admiration :

«  Ce disque est un sommet, le dernier épisode d’une série unique. Gov’t Mule atteint ici une telle symbiose entre le groove sudiste et la puissance heavy blues, qu’il ne pourra s’améliorer qu’en changeant de plan d’attaque, à moins qu’il ne change carrément de voie. »

Clint avait enfin trouvé son nouveau Lynyrd, qu’il suivait désormais lors de ses concerts épiques, un parcours qui lui rappelait ses grands débuts.

«  Le marteau de dieux nous mènera vers de nouvelles terres .» Mes amis , Gov’t Mule n’est pas seulement un groupe , c’est une armée de conquérants. Un soir, au roxy theater , ils sont arrivés devant un public blasé. Nous ne sommes plus en 1969 , et le culte du blues n’est même pas un souvenir pour les badauds s’étant arrêtés dans cette grande salle. Mais la musique a lancé une charge sans pitié. Dès les dernières notes de « thorazine shuffle », la foule était à genoux, exprimant sa gratitude via des acclamations sauvages. Ce soir-là , la mule pouvait tout se permettre , y compris de nettoyer war pig de ses relents macabres. »

Les trois premiers albums tournaient en boucle dans le bus de tournée, quand certains titres ne passaient pas sur certaines radios. Mais les groupes sudistes semblent condamner à une fin tragique, et gov’t mule ne sera pas une exception. 

En ces années 2000 , Allen Woody partit rejoindre Ronnie Van Zandt au vahalla des vieux combattants du heavy blues. Loin de s’écrouler, le groupe salua sa mémoire dans une série de concerts orgiaques.
Compilées sur le triple live deep end, ces performances firent dire à Clint dans les colonnes de rolling stones : 
                                                                                    
« 25 bassistes , c’est ce qu’il fallait pour rendre hommage au socle rythmique de la mule. Ce disque est un somptueux hommage au siècle qui vient de mourir. On espère tout de même que gov’t mule sera capable d’annoncer la couleur de celui qui débute. »

Il faudra attendre 4 ans pour que le groupe sorte un nouveau disque. Une éternité durant laquelle Clint suivit la carrière solo de Warren Hayne.

«  Tales of ordinary madness , en plus de rappeler un des livres les plus géniaux du vieux Buck , réalise ce que l’on soupçonnait depuis que Hayne posa pour la première fois le pied sur scène. C’est un travail d’orfèvre qui a su garder la puissance de ses débuts, l’œuvre d’un artisan du pur rock n roll amoureux du bel ouvrage. »

Quelques années plus tard, Clint découvre Blackberry Smoke .

« Ces types sont aussi attachants qu’un livre rempli de vieilles photos. Avec eux, l’esprit  conquérant des grands rednecks des années 70 fait place à un country rock festif. Mais, derrière cette légèreté apparente, se cache une capacité impressionnante à pondre des mélodies inoubliables. Si le rock sudiste doit s’éteindre sur ce boogie chaleureux , il aura une mort des plus dignes ».

Cette réflexion sur la mort du rock sudiste n’était pas un abandon de sa musique, mais une interrogation face à son évolution. Cette pensée était née alors que Warren Hayne l’avait invité à assister aux enregistrements de « ashes and dust ».

Assis sur un tabouret de bois, l’homme envoyait des mélodies bluegrass auraient fait passer l’intervention de Jack White, dans retour à cold mountain, pour une mauvaise imitation de cette musique des exilés chère à Steinbeck. La musique, elle, était encore plus pure et rustique que tout ce que le sud a pu produire lors de son âge d’or.

Lorsque Hayne sort de la cabine d’enregistrement, Clint ne peut s’empêcher de lui dire sur un ton admiratif :

« C’est dingue ! Tu sonnes comme the band ! »

« Tu me fais un beau compliment, j’ai toujours adoré ce groupe, leur concert d’adieu m’a fait pleurer comme une jeune fille. »

« Ce disque va bien plus loin que tes influences habituelles. Tu sembles devenir l’âme musicale de l’amérique. »

« Ces influences ont toujours été là,  c’était juste plus discret. »

Il prend sa guitare et se met à jouer le riff de « John the revelator »,la version originale introduisant une seconde plus poussiéreuse, comme si la première menait naturellement à la seconde.

«  Tu vois, tout était là depuis le départ. »

Hayne pose sa guitare avec un tel soin, qu’il semble l’aimer comme on aimerait un enfant.

«  Tout était là, mais les critiques sont trop obnubilées par leurs étiquettes, ils tiennent trop à ces œillères. C’est pour ça que j’ai repris  « gold dust woman » sur ce disque. Rumour est sans doute le plus grand disque des années 80, il dynamite les frontières érigées entre les différentes composantes de la musique américaine. »

Clint ne peut s’empêcher de relativiser ce constat :

« Mais tu oublies cette production tape à l’œil, on est loin de votre profondeur crasseuse. »

Hayne se fige , la passion fait trembler sa main, comme si il fut blessé par la phrase envoyée par son hôte. La passion faisait vibrer son impressionnante carcasse, comme les cordes d’un instrument charismatique.

« Et Alors ! C’est comme reprocher à Dylan de ne pas écrire exactement comme Kerouac ! Mais, tu verras , cette limite est en réalité la base de son génie. Il aura le nobel ce con ! Et tous les journalistes hautains, qui crachaient à la gueules de ses vers , viendront lui baiser les pieds. »

Hayne parle comme il joue sur scène, avec passion. Sa spontanéité l’amène souvent à des raisonnements  aussi imprévus que passionnants. Revenant au sujet initial sans transition, Hayne détruit la réflexion de son interlocuteur en quelques mots qui resteront dans sa mémoire.

« Le rock sudiste n’a jamais été aussi présent qu’après sa mort, quand ses descendants se nourrirent de son cadavre exquis pour faire grandir la musique américaine. »

Voilà la révélation que Clint cherchait depuis le début de son histoire. Désormais, il ne parlera plus de rock sudiste, mais de ce vieil oncle rassurant venu du sud.

Une de ses dernières chroniques résume parfaitement la conclusion de son parcours initiatique :

« Lynyrd et autres Molly ont réussi à devenir l’équivalent moderne des grands bluesmen. Et leurs ombres planent encore sur une bonne partie de ce que le rock a encore de grand ».

Fin

vendredi 7 février 2020

Rock storie: le rock sudiste partie 3

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L’entrée de Clint dans le petit milieu de la critique rock ne fut pas trop difficile , un papier aura suffi à l’imposer.

« Lynyrd n’était pas seulement un énième retour de cette musique qui bercera toujours l’Amérique profonde, mais l’expression d’une certaine pureté artistique. Ecouter Lynyrd Skynyrd , c’est redécouvrir le talisman musical transmis par les grand anciens, à sa grande époque on l’appelait mojo. »

Cette fin d’article lui valut la reconnaissance de tous les groupes sudistes qui ne le connaissaient pas encore,  et ses réflexions étaient lues religieusement par ceux qui croyaient encore en la grandeur du rock sudiste.

Un peu snobé à ses débuts , Blackfoot lui mis une énorme claque lors de la sortie de l’album marauder. « Je me rappelle des paroles de Van Zandt alors que Medlocke faisait partie du fulminant moteur de lynyrd. Il pensait que Blackfoot deviendrait énorme si son leader s’en occupait à temps…
Aujourd’hui, je me rends compte à quel point il avait raison. « Maraudeur » montre une nouvelle voie à suivre pour le rock sudiste , un chemin glorieux, pavé par des riffs dévalant le rythme de la batterie comme une locomotive folle. Les enfants de Lynyrd viennent désormais botter le cul du hard rock , et blackfoot mène la charge. »

Sur ses rapports de concerts, l’admiration de Clint pour le gang de Medlocke ne fit que se renforcer.

« Blackfoot ne fait pas que jouer. Il célèbre la mémoire de ses ancêtres native américains, et réveille leurs âmes dans un boogie blues puissant comme une charge de squaw. »

Autre groupe perdu dans la déferlante, les outlaws lui inspirèrent cette rectification historique :

«  On a souvent cru que Lynyrd était le seul pionnier sudiste, et l’on vouait à ce groupe le culte dû aux prophètes musicaux. Les Outlaws furent pourtant aussi importants. Fans de Johnny Cash, ils donnent à la rugosité du sud un certain charme bucolique. 

En concert , le groupe déchire le mur du son , envoyant les décibels pour mieux se faire entendre sur une scène qui s’est endurcie. Résultat, ses mélodies résonnent avec une force digne du soir où Lynyrd interpréta « free bird » pour la première fois. »

Quant à Molly , il les voyait comme les nouveaux parrains du sud.

La fin des années 70 et les années 80 ont sonné comme une trahison, le reniement de tout ce que la tradition sudiste avait de grand. Sur « beatting the odds » Molly était encore bon, mais Clint ne comprenait pas son virage puéril.

« A l’écoute de ce disque, une question subsiste : Pourquoi ? Pourquoi ce représentant d’une certaine grandeur groovy s’est-il transformé en sous AC/DC ? Le chanteur force la virilité de sa voix , comme pour faire oublier que son groupe a perdu son identité. »

A la sortie de no guts no glory , la critique mainstream offrit à Molly le titre tardif d’âme du rock sudiste. Le disque était au contraire la dernière braise d’un feu défaillant. Ceux que Clint idolâtraient hier n’étaient plus que l’ombre d’eux même, étouffés par une époque aliénée.

« Le synthé est l’Attila du rock, là où il passe, le groove ne repousse pas. D’ailleurs, l’homme qui a inventé cette infamie ne devait pas en écouter, à moins qu’il s’agisse du même psychopathe qui nettoya cette formidable crasse, responsable du charme de toute musique issue du blues. »
Même ZZ top s’y mettait, et eliminator annonçait le début d’une longue traversée du désert pour les barbus texans. Attention, ZZ top n’a de sudiste que les origines, sa musique étant un mélange entre la classe grandiloquente de BB King , et un brio soliste que n’aurait pas renié Hendrix.

Clint ne voyait plus les musiciens qui firent le bonheur de ses débuts dans le monde du rock, comme si Molly , les outlaws et blackfoot n’osaient plus le croiser après leurs trahisons. Ils pouvaient bien aller au diable ! A cause d’eux il a l’impression de vivre ce que vécurent les fans du king après son départ à l’armée, la fin de sa culture.

Comme pour faire son deuil, Clint fit du heavy metal sa spécialité, la bouée de secours qui lui permit de survivre à la niaiserie eighties. Slayer , Megadeth et Metallica formèrent son nouveau trio sacré, même si il ne pouvait s’empêcher d’attaquer violemment les poseurs de cette époque vaseuse.

« La différence entre le feeling de Lynyrd et la pop démago de 38 special est comparable à celle qui différencie la baise du viol. Et que l’auditeur ne s’étonne pas de se sentir un peu sali par un tel amas de niaiseries. Grâce au génie moderne, des branques comme 38 special peuvent sortir leurs gros synthés pour vous violer les tympans sans vaseline. »

Quant au dernier album de Molly Hatchet ,elle lui inspira la même violence :

«  la pop est la nouvelle herpès du rock , le son mielleux qui lui arrache les joyeuses, alors qu’on pensait que cette maladie honteuse avait enfin quitté son corps de plus en plus flétri ».

Ces quelques années de purgatoire lui valurent d’être comparé à Lester Bang, alors que ses chroniques négatives n’étaient pas si nombreuses. Et puis, lors d’un voyage au texas en 1991, l’illumination le frappa de nouveau.