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samedi 29 mai 2021

The flower kings : the rainmaker

Dans la pénombre, un homme au regard inquiétant trône au milieu d’une ruelle sombre. Comme agitées par une force malfaisante, les flaques d’eau qui l’entourent sont parcourues par un tourbillon sphérique. Space revolver montrait un timide rapprochement avec le métal progressif, the rainmaker semble revendiquer ce rapprochement dès le décor sombre de sa pochette. En ouverture de l’album, une voix démoniaque psalmodie une messe satanique. Les synthés sifflent ensuite tels des gorgones hystériques, invoquant un riff tonnant avec la puissance d’un orage annonçant le déluge.

Autant le dire tout de suite, le riff de last minute on earth est le pire raté de l’histoire des Flower kings. Revenant ponctuellement dans le morceau, ce piétinement lourdaud détruit toute harmonie, broie la mélodie sous sa finesse pachydermique. Roine Stolt se contente ici de caricaturer ce que les hordes métalleuses font de plus vulgaire et gras. Alors, bien sûr, il essaie d’atténuer cette violence gratuite dans ses intermèdes planants, mais ces deux parties semblent séparées par une frontière infranchissable.

La violence trop exacerbée des envolées métalliques font clairement tâche entre les nuages space rock. Les débordements ont beau finir par s’apaiser, Roine Stolt emmenant sa fresque mal tissée vers une grande méditation spirituelle, un dernier coup de canon heavy ruine tous ses efforts. En dehors d’un riff que l’on espère ne plus retrouver ensuite, le problème de cet album est aussi contenu dans les sifflements robotiques du clavier. Seul road to ruin parvient à maintenir ces serpents à sonnettes suffisamment  à distance pour préserver la chaleur de ses solos, c’est d’ailleurs le seul titre honorable de cette catastrophe.

Sur le titre suivant, le synthé perpétue son travail de sape, son souffle glacial rendant le swing de road to sanctuary particulièrement irritant. Alors qu’on aurait préféré l’oublier, le riff de last minute on earth se glisse entre les notes polaires de cette mascarade funky. Ce riff semble malheureusement servir de fil conducteur à un disque qui, se voulant plus sombre et agressif, ne parvient qu’à être lourdaud et insupportable.

On signalera tout de même que, quand Roine Stolt prend de nouveau le temps de tisser ses tapis lumineux à coups de solos nuageux, il parvient encore à nous éblouir. Ces fulgurances seraient honorables si elles ne se noyaient pas dans un océan de médiocrité pompeuse. Les trois dernières minutes de road to sanctuary ont la beauté d’une terre promise, mais le souvenir des horreurs qu’il fallut endurer pour l’atteindre nous gâche un peu la beauté du paysage.    

Au final , cette seconde pièce maitresse souffre de la même lèpre que last minute on earth , ces différentes parties sont trop opposées pour former un tout cohérent. The rainmaker est un géant sans colonne vertébrale, un titan rendu obèse par l’accumulation de grandiloquence grasse. Le morceau titre s’embarque dans un boléro indigeste, le synthétiseur brisant sa solennité de son sifflement insupportable. On touche le fond quand une électro de fête foraine tente de ménager un intermède planant, rapidement brisé par une percussion qui dut déclencher quelques crises cardiaques.

Cacophonie pathétique, la dernière partie du morceau titre voit le chanteur hausser le ton pour masquer l’absurdité de notes envoyées avec la cohérence de rafales tirées par un tueur fou. Derrière cette incohérence, c’est la mélodie que l’on assassine, the rainmaker étant le premier album des Flower kings à ne laisser aucune trace dans l’esprit de ses auditeurs. City of angel semble vouloir renouer avec les sommets introspectifs de stardust we are , mais les sifflements insupportables du synthé empêchent une nouvelle fois toute rêverie cosmique.

La batterie s’emballe ensuite sans raisons apparentes, détruisant définitivement tout espoir de se laisser emporter vers de nouvelles contrées. Le constat est cruel mais implacable, les trois pièces maitresses de l’album ne sont que des soufflets refusant de prendre forme.

Du coté des pastilles sonores plus ou moins courtes qui les entourent, le constat est aussi catastrophique. Le sentimentalisme gluant d’Elaine endormirait un troupeau de suricates sous speed, et ce n’est pas le free jazz soporifique qui clôture le morceau qui sortira ces mammifères hyperactifs de leur léthargie. Thru the wall et sword of god sont du même fond de tonneau, ces deux derniers titres parvenant à plomber un album qui ne volait déjà pas très haut. 

Le mage de carnaval du début ouvre ensuite la dernière partie sur des grognements bestiaux. On retrouve encore avec effroi le riff qui ouvrit last minute on earth. Sur sword of god , Roine Stolt ne chante plus , il hurle pour tenter d’insuffler un semblant de lyrisme à ce sous hard rock. Vous l’aurez compris, les quatre derniers titres sont un condensé de tout ce qui rendait le reste de l’album insipide.

The rainmaker est une sorte de navet musical, où le heavy rock grassouillet laisse soudainement place au lyrisme ampoulé d’une pop faussement soignée, sans que l’on comprenne ce qui motive ce changement brusque de décor. En voulant encore moderniser leur musique, les Flower kings on fait de ce rainmaker un amas de mauvaises idées.

Les oasis de beauté étant trop rares et éphémères pour sauver cet album , on se consolera en se jetant sur le second album de Transatlantic , qui sort quelques jours seulement après cette mascarade.            

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