Rubriques

mercredi 29 avril 2020

John Lee Hooker : Endless Boogie


Endless Boogie: John Lee Hooker: Amazon.fr: Musique

John Lee Hooker est un des piliers de ce qui deviendra le rock n roll, un bluesmen converti à la magie de la fée électricité. Il naît en 1917, dans un environnement très corseté. Le père de hoocker est pasteur, et refuse que ses fils jouent de la musique en dehors des chorales gospels. La censure va heureusement prendre fin quand sa mère se débarrasse de ce gourou illuminé. Elle se console alors dans les bras de Willie Moore, un solide travailleur agricole, qui exprime les peines liées à son dur labeur à travers le blues.

Tous les soirs, il sort sa guitare pour déployer ce cri de l’âme qui fascine le jeune John Lee. Son beau-père va donc l’initier, lui donner l’amour du riff primaire, lui montrer la puissance d’un beat monotone et hypnotique. Dans le coin, on prétend que le jeune Robert Johnson aurait vendu son âme au diable pour maitriser ce feeling.

Diable ou pas , cette musique va devenir l’obsession de Hooker. Pour atteindre ce graal , il faut prendre la route , suer sang et eau dans des boulots sous payés , connaitre la faim et la solitude. John Lee quitte donc la maison familiale et, alors qu’un deuxième conflit mondiale fait rage, il va de Memphis à Cincinnati sans rien trouver d’autre que la misère.

Il continue donc sa route vers Detroit, la nouvelle capitale de l’industrie automobile, où les ouvriers tentent de vivre le rêve américain. On ne lui offre même pas une place sur les chaînes de production, et Hooker devient concierge de l’usine.  Cette suite de déboires n’est pas vaine, le jeune homme a mûri. Travaillé tout au long de son périple, son jeu est devenu plus incisif, commence à prendre la forme qui changera l’histoire du blues. 

Concierge la journée, le Hook passe ses soirées dans les tripots, où il tente de faire entendre sa musique. Mais il comprend vite que, pour détourner les clients des prostituées , il lui faut un son plus puissant. A force d’économie, il parvient à s’offrir la toute jeune guitare électrique inventée par Monsieur Marshall, et la puissance de ses riffs commence à le faire connaitre.

Rapidement récupérer par un petit label, il sort « boogie chilen », qui peut être considérer comme l’an 0 du boogie blues que célébrera canned heat. Malheureusement pour lui, le chemin est plus dur pour un John Lee Hooker que pour un Elvis Presley. Rangés dans les bacs race record, que les blancs visitent encore rarement, ses singles ne se vendent pas. Alors le Hook compense en travaillant comme un damné, il sortira plus de 100 titres entre le début des années 50 et la fin des sixties. 

Lassé de cette ségrégation, qui le condamne à la misère, il est sur le point de ranger sa guitare pour devenir métayer. Il ne sait pas que, de l’autre côté de l’atlantique, les yardbirds et autre John Mayall ont initié toute une jeunesse à son beat rugueux. Conscient que le vieux continent devient un marché juteux, sa maison de disque l’embarque dans un avion en direction de l’Angleterre. Il fait alors le voyage avec Howlin Wolf et Muddy Waters, qui se demandent aussi ce qui les attend. 

Contre toute attente, cette tournée européenne est un triomphe, la jeunesse européenne réservant l’accueil qu’ils méritent aux pères spirituels de Clapton , John Mayall , et autres blues rockers en pleine gloire. 

Les jeunots ont fait le travail de retape et, de retour au pays , le Hook enregistre un disque incontournable en compagnie de Canned Heat. Mais l’histoire est parfois ingrate, et la célébration ne durera que quelques mois. Poussé sur la touche par le psychédélisme et un hard rock plus expressif, le blues redevient une musique underground.

Symbole du blues boom américain, Bloomfield lui-même passe le début des seventies à jammer discrètement du coté de San Francisco. Underground ou pas, le Hook est encore le père spirituel d’une génération de musiciens, et il compte bien s’appuyer sur eux pour revenir au sommet.
                                        
Il récupère donc la section rythmique qui enregistra Layla avec Eric Clapton, et renforce son rythme plein de variations en croisant le fer avec Jesse Ed Davis. Ce dernier a déjà posé sa guitare sur le premier album de Taj Mahall , autre classique, qui annonça cette courte époque ou le blues fut au sommet des ventes.

Trois batteurs, sept bassistes et sept guitaristes vont se succéder aux côté du maître du boom boom. Tous n’ont qu’un objectif, faire oublier Canned Heat pour inscrire leurs nom dans la grande épopée du Hook. Galvanisé par la dévotion de ses musiciens , Hooker fait monter progressivement la pression , ménage ses effets pour laisser un solo lumineux se développer au milieu de sa rythmique immuable. Le fameux boom boom de John Lee , c’est la monotonie élevée au rang d’hymne universel , un train rythmique accélérant et ralentissant sur des rails d’une régularité métronomique. Hooker profite de ce feeling irrésistible pour rendre hommage à Hendrix et Janis Joplin , disparue en cette triste année 1971.

Endless boogie étire le feeling si particulier de Hooker, dans de longs instrumentaux qui auraient pu séduire les fans des frères allman et du gratefull dead. Mais, contrairement à eux, le Hook garde cette régularité rugueuse typique du delta blues.

Peu encline à revenir en arrière, la génération woodstock boude cette superbe jam session bluesy. Le disque devient alors le secret vénéré d’une poignée de curieux, qui font encore résonner son feeling de nos jours. Une brillante tribu de stoner rocker continue d’ailleurs de rendre hommage à ses instrumentaux lumineux. Son nom ? Endless Boogie !                                                                                    
              

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire