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mardi 10 mars 2020

Ten Years After : Crickelwood Green


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Alvin Lee , comme beaucoups d’enfants des sixties , a commencé sa carrière dans le blues. La vision « traditionnelle » de cette musique ne convenait pas à son jeu, et ses premiers groupes furent des échecs cuisants.

Le blues , le vrai , exige de la retenue et de l’abnégation , chaque note doit s’épanouir dans de grands silences. Lee était trop agressif, sa guitare trop bavarde. Le blues boom anglais a construit sa grandeur sur des musiciens comme lui, de piètres bluesmen obligés de trouver un chemin neuf. Incarné par Clapton, qui reviendra à un son plus pur par la suite, ce foisonnement a donné naissance au psychédélisme et à un rock plus puissant.

L’amérique , elle , aura Hendrix , le fils voodoo venu imposer le culte du guitar hero. Enfin non , le mythe du guitare hero fut en réalité initié par lui , Clapton , et Alvin Lee, et célébré de manière grandiloquente à woodstock. C’est là que, juste après la chappe de plomb que constitue la musique lourde de mountain, Alvin Lee impose son image de guitariste le plus rapide du monde.

Ten years after était surtout un groupe de scène, et ses premiers disques visaient simplement à reproduire la puissance qu’il déployait sur scène. Et puis ils ont affiné leur jeu, qui culmine une première fois sur la fresque musicale ssssh.

Plus traditionnel que celui de Hendrix, le jeu d’Alvin Lee transcendait la vitesse des rock de Cochran et Chuck Berry, montrant ainsi la voie à Humble pie et aux faces. Cette violence entrait aussi en résonance avec une époque placée sous le signe de la fureur électrique.

Nourris aux mêmes mamelles bluesy , les marmots hurlant du hard rock revendiquent le trône de roi du rock assourdissant. Alors les mordus de traditions s’adaptent, Johnny Winter parvient même à voler le show à led zeppelin lors d’un concert mythique. Les stones , eux , se contentent de retrouver leurs racines musicales , la classe de « beggars banquet » et « let it bleed » suffisant à mettre les jeunots à genoux.

Ten years after , à l’image de Johnny Winter, va radicaliser sa musique, laissant ainsi le jeu fulgurant d’Alvin Lee s’exprimer sans retenue. Les huit titres de « crickelwood green » font partie des derniers sommets d’une époque mourante, le brûlot d’un groupe écartelé entre deux époques.

Ten years after se place d’abord dans le rang du psychédélisme paranoïaque porté par the gun , blue cheers , et autres pink fairies. Requiem du rêve hippie, ce son-là est celui de groupes qui ne se sont pas encore soumis à la férocité qui vient. Ils ont gardé l’inventivité et la recherche propres aux sixties, mais s’en servent désormais pour défoncer le mur du son.

Puis le blues reprend ses droits , un blues accéléré, poussé dans ses dernières limites, et qui donne des leçon de grooves aux tacherons de deep purple sur un titre comme « working on the road ». Les riffs sont un Vésuve sonore, et l’éruption arrive bientôt à son zénith dévastateur.

« 50000 miles beneth my brain » semble sorti de la même fosse infernale que « sympathy for the devil », le brûlot dantesque des stones. Le riff ultra rapide de Lee transforme la samba rock de Keith Richard en avalanche, dont la puissance monte crescendo jusqu’au déluge final.

C’est mountain qui tenterait de copier la classe bluesy des glimmer twins, led zeppelin parti en voyage en Amérique. A part « race with the devil » de the gun , on a rarement entendu une telle ascension électrique , et les gun n’avaient pas cette classe si anglaise.

La pression redescend ensuite un peu, et laisse le temps au groupe de retrouver les chemins d’un rock plus rythmique. « Taj Mahal » n’aurait d’ailleurs pas renié la puissance simple de « me and my baby », un des titres les plus sobres et carrés de l’album.
                                             
La pression remonte tout de même rapidement, « love like a man » développant un son plus lourd, qui ne fait que monter en puissance. Pour ce titre, le voyage commence sur un riff flirtant avec le charisme minimaliste de John Lee Hooker, avant de décoller vers des sommets inconnus des hardos les plus féroces.

Car, pour atteindre le sommet de leur violence, deep purple et autres black sabbath ont souvent tendance à abandonner le feeling contraignant du blues. Ten Years After , lui , l’emmène dans ses dernières limites , accentuant sa violence sans en perdre le feeling.

Derniers clous plantés dans le cercueil des sixties, crickelwood green botte le cul du blues avec une force que même les groupes suivant peineront à égaler.       

                                              

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