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jeudi 2 avril 2020

Lou Reed : The image of the poet in the breaze partie 5

Berlin - Lou Reed - SensCritique

Mais Lou Reed ne veut pas devenir un chanteur pop, il a conservé l’ambition artistique que le Velvet a perdue après son départ. Bénéficiant d’une totale liberté suite au succès de transformer, il pense qu’il est temps d’enregistrer sa grande œuvre.

Sa notoriété lui permet de réunir une équipe d’élite composée de Steve Winwood de traffic , Jack Bruce de cream , et Aynley Dubar du grand wazoo de Zappa. Pour les guitares, il dégotte une paire de fines lames qui fera les beaux jours d’Alice Cooper , Steve Hunter et Dick Wagner.

Le projet Berlin est largement inspiré de la vie chaotique de Lou. En plein milieu des enregistrements, il apprend que sa première femme a fait une tentative de suicide . Quelques jours plus tard, quand un journaliste évoque l’événement, il lâche d’un ton méprisant :
« Pendant l’enregistrement, ma nana- qui était un vrai trou du cul, mais j’avais besoin d’un trou du cul de femme pour me donner la pêche, j’avais besoin d’une flagorneuse de femme dont je puisse abuser, et elle répondait à ces critères.- Elle a essayé de se suicider dans le bain de l’hotel. Elle s’est tailladée les poignets. Elle a survécu. »

Sa femme n’est pas la seule à subir la pression destructrice de Lou. Dans le studio, tous les musiciens sont accros à l’héroïne, et Erzin se souviendra longtemps du tempérament insupportable de l’ex velvet.

Ce qui rend Berlin si poignant, c’est que l’histoire de couple en plein naufrage contée dans ce « film pour les oreilles » est celle de son auteur. Quand RCA entend ce qui devait être un double album, elle ordonne à Erzin d’en faire un simple pour limiter les dégâts. 

Heureusement, le producteur sera assez respectueux du matériel originel pour que le disque ne perde rien de sa fascinante cohérence. Ce qui frappe d’abord, c’est la beauté glaciale de ces mélodies. Placé en ouverture, le morceau titre annonce le début de la chute. 

Déjà présent sur le premier disque, « berlin » exprimait à l’époque le souvenir nostalgique d’un couple en pleine harmonie. Sur cette dernière version, les arrangements font vite comprendre que le rêve a tourné au cauchemar, et le titre a des allures de lendemain de cuite.

Vient ensuite « lady day » , qui trouvera sa version définitive sur le live rock n roll animal. Plus apaisée, la version studio montre déjà la finesse du duo Hunter/ Wagner. Folk cynique, glam rock baroque, la musique illustre à merveille l’insensibilité effrayante du narrateur. 

Celui-ci développe une lucidité dénuée de sentiment, résumée à merveille dans les paroles de « men of good fortune ».

« Men of good fortune , often cause empire to fall
While men of poor beginnings , often can do anything at all
The rich wait for his father to die
The poor just drink and cry
And me , I just don’t care at all »
Le superbe riff monte progressivement, comme pour montrer la violence de ce constat social, puis retombe sur la conclusion désabusée qui en découle. Tout le disque se déroulera dans ce registre glacial. Le personnage joué par Lou Reed s’approche ainsi de l’étranger de Camus, le cynisme en plus. 

Berlin dépasse le cadre de la pop, il dépasse même les plus grandes œuvres du Velvet. Mais ce requiem était bien trop sombre pour le grand public. Celui-ci attendait un disque proche de la légèreté apparente de transformer, et voilà qu’on lui offrait le contraire. Si la critique fut aussi agressive lors de la sortie du disque, c’est qu’elle ne comprenait pas cette noirceur étouffante.

Elu « disque le plus déprimant de l’année » par Lester Bang, Berlin est unanimement rejeté. Celui qui avait, au terme d’une lutte acharnée, atteint les sommets des ventes, tombait en disgrâce à cause de son œuvre la plus ambitieuse. 
                                                                                     
Affolé par ses ventes ridicules, RCA l’oblige à enregistrer un live censé renflouer ses caisses. Heureusement, le Berlin tour fait un tabac. Inspiré des discours d’Hitler, les éclairages blancs sur fond noir accentuent le teint blafard du chanteur. *

Pourtant, Lou ne vient pas pour répéter les mêmes airs dépressifs que sur son dernier disque. Si les débuts de concert sont parfois pathétiques , le rock n roll animal devant être soutenu par ses musiciens pour atteindre la scène, la suite est fulgurante.

Les riffs du duo Wagner/Hunter sont de véritables éclairs animant le frankenstein rock qui leur sert de chanteur. Les guitaristes s’en donnent à cœur joie, transformant le déprimant lady day en hymne de stade. Ces riffs semblent fait pour trucider les poseurs du hard rock, ils sont l’union parfaite de la violence des enfants de led zeppelin et de la classe lumineuse des glam rockers.

Les amateurs de Deep Purple et autres Rainbow ne s’y trompèrent pas, et propulsèrent « rock n roll animal » au sommet des ventes. Lou était remis en selle jusqu’au prochain suicide commercial.



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