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lundi 15 juin 2020

White Buffalo : The Widow's Walk


The white buffalo, On the widow's walk. - Sensation Rock

Où sont partis les chanteurs de la trempe de Johnny Cash ?
Sa mort semble avoir sonné la fin d’une certaine catégorie de musiciens, ceux qui incarnaient tant leurs musiques, qu’elles semblaient couler dans leurs veines. C’est le dénominateur commun des grands du blues, de la folk, et bien sûr du rock. Le moule s’est cassé, quelque part entre les sixties et les seventies. Pour le blues, le mojo a perdu de sa mystique si particulière quand les grands pionniers sont sortis de leur âge d’or.

Les anglais en font toujours autre chose, ils le soumettent aux canons de la pop, ou le joue à une puissance, qui ne peut que restreindre l’écho de ses notes. Du coup , les jeunes Américains s’adaptent, et , si leur formule est moins diluée , elle ne fait que diminuer en pureté au fil du temps. Du côté de la country , Hollywood a fait le boulot , imposant ses playboys propres sur eux et ses BO insipides. Le countryman devenait un bucheron du dakota cherchant la gueuse depuis des années, une lavette niaise pour des films aussi bêtes qu’une série sentimentale.

Les phénomènes anthropologiques étaient encore vivaces , mais le talent d’hommes comme Steave Earl n’est qu’un diamant dans un amas de fumier. Le constat est le même de tout côté. La folk est morte avec Dylan, le rock n roll a perdu son âme après Chuck Berry, et le blues appartient pour toujours à la génération de BB King.

Les années 60/70 furent merveilleuses car elles s’émancipèrent des vieux repères , pour écrire leur propre histoire, mais le côté puriste qui vivait dans son ombre se fait de plus en plus mourant. Les responsables de cette déchéance le regrettaient parfois , Lennon a publié un disque de vieux rock n roll , et les stones ressemblent de plus en plus à de vieux bluesmen.

De temps en temps , un jeune sorti des âges primaires vient nous gratifier de la vieille chaleur de ses modèles. Bonamassa y parvient parfois, Warren Hayne s’y réfère souvent, mais il se passe des années avant qu’ils retrouvent cette patine enivrante. Leurs disques sont des anomalies du temps , le cri de révolte d’une splendeur qui refuse de mourir.
                     
White Buffalo est tout de même l’enfant d’une culture qui gagne en importance, l’ombre des années 80 s’efface, et l’image de la musique est libérée de son filtre déformant. La country mûrit dans cet homme comme le bon vin dans ses fûts et , après avoir inscrit ses mélodies aux génériques de sons of anarchy , le voilà qui nous livre son grand disque.

Ce qu’il appelle « the widow’s walk » , ce sont les balcons sur lesquels les femmes de marins tentent d’apercevoir le retour de leur mari. L’image aurait pu être pompeuse , mais l’homme sait ménager ce romantisme poignant , qui fit la grandeur de Springsteen sur Born to Run. On pense d’ailleurs largement au boss quand cette voix vous secoue l’âme, comme le cri rageur de l’homme face à l’histoire.

Le charisme de White Buffalo est tout de même plus introspectif que le romantisme grandiloquent de Bruce. Il donne le même sentiment que celui du voyageur regardant le paysage défiler par la fenêtre. A travers cette route, c’est son propre chemin qu’il revisite, ressassant intérieurement ses regrets , et des triomphes dont le temps a trop rapidement éparpillé les bénéfices.

De la douceur country rock d’about love , et autres bluettes introspectives , on passe à la rage punk folk de no history. L’humanité de ces berceuses pop côtoie la force de rock rageurs , portés par une voix de guerrier habitée par la sagesse de ses ancêtres. Cette force, c’est l’humanité et la rage féroce se côtoyant dans les films de Peckinpah , le désespoir et la rage de réussir des héros Steinbeckiens.

C’est une musique cinématographique, qui vous propose un décor sur lequel calquer votre propre histoire. Springsteen était « la conscience de l’Amérique » , White Buffalo sera son cœur. Cette force nous ramène une nouvelle fois dans la prison de folssom , quand Johnny Cash transformait les détenus en gosses émerveillés en parlant leur langage , notre langage, le langage universel.

Ce charisme-là ne naît que dans ces moments si particuliers, où l’humanité semble s’exprimer à travers la musique. Et c’est précisément le cas ici.            

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