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jeudi 9 juillet 2020

John Coltrane : Blue Train


Blue Train: Coltrane, John: Amazon.fr: Musique

Dans l’Amérique de la fin des années 40 le jazz est encore la musique la plus populaire, celle qui illumine les bars et enchante les passants égarés. Il y’a des années, le be bop a inventé le swing , et il réinvente cette découverte à chaque improvisation scénique. Pourtant, en ces années d’après-guerre, un gamin fait beaucoup parler de lui. Les anciens l’ayant croisé parlent avec dégoût de ce « crétin », tout juste capables d’enchaîner trois accords correctement. Les vieux bluesmen étaient aussi attardés que ce Chuck Berry, mais en se mettant à l’électrique ils ont créé un son qui menace leur bastion.

C’est ainsi que démarre un affrontement entre la tradition établie, et l’expression d’un vent de liberté qui souffle sur la jeunesse américaine. Considéré comme un jeune plein de promesse, Miles Davis veut croire à la survie du be bop. Pour lui, sa voie est toute tracée, il lui suffit de caler ses pas dans les traces des grands pionniers. Il deviendra ainsi le prochain maître du swing originel, le nouveau maestro d’un art ancestral.

C’est dans cet esprit qu’il monte son premier big bang, le Miles Davis Quartet, et commence à inonder le monde de son jazz raffiné. Tout allait bien, les mélodies somptueuses s’écoulaient comme l’eau bénite d’un torrent merveilleux, mais une telle alchimie ne pouvait durer. Accro à l’héroïne et alcoolique notoire , John Coltrane met en péril ce précieux équilibre , et Miles n’hésite pas à le virer sans ménagement.

Livré à lui-même, Coltrane retourne chez sa mère, où les textes religieux l’aident à se débarrasser de la « cold turkey ». De cette aventure naît « a love supreme » , que l’on peut considérer comme la renaissance de sa période symphonique. La spiritualité de Coltrane illumine les mélodies enivrantes de « love supreme » , elle représente pourtant les dernières merveilles d’une tradition qui se meurt.

Honnie par les maîtres de Miles Davis , la popularité du rock ne cesse de croître , incitant les meilleurs critiques musicaux à se recycler dans ce courant en pleine explosion. Englué dans sa tradition, le jazz devient un totem du passé, une vieille beauté honorable mais qui a perdu toute sa fraîcheur. C’est dans ce contexte que Coltrane commence à développer sa personnalité musicale. Invité à jouer avec Thelonious Monk , il pose les bases de ses cascades de notes , son jeu déchaîné rivalisant avec l’excentricité du pianiste.

C’est à ce moment que Miles Davis le rappelle pour faire partie de son nouveau projet. Conscient que le jazz doit se réinventer, Miles crée des partitions sobres et épurées , oblige ses musiciens à se limiter à un jeu primaire, pour régénérer l’excitation du jazz. Si cette sobriété frustre un Coltrane qui s’épanouissait dans ses délires excentriques, elle lui montre paradoxalement qu’il est sur la bonne voie. Avec « kind of blue » Miles dotait le jazz de la simplicité du rock, initiant ainsi une fusion qui pouvait être vue autrement.

Davis ramenait le jazz à plus de sobriété, Coltrane va au contraire le rendre plus excentrique. Dans le studio où il enregistre blue train , le batteur imprime un rythme binaire , swing hybride aux frontières des musiques afro américaines.  On entrevoit d’abord un blues cuivré, un torrent de notes où copulent jazz et blues rock . C’est aussi un free jazz funky, les notes dansant parfois sur un rythme de fête, que Sly and the familie stones ne manquera pas d’accentuer.

Blue Train est un de ces disques dont la créativité déborde sur tout ce qui le suivra. Zappa s’en nourrira pour faire renaître ce jazz qui «  a une drôle d’odeur » , les anglais y calqueront leurs rêves psychédéliques , et le blues y trouvera une nouvelle splendeur chaleureuse.
   

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